Filons de S.I.Lex #14 : le relevé des fouilles de la semaine

Filons express cette semaine !

Trillo-5. Par José-Manuel Benito. Domaine public. Source : Wikimedia Commons.

I Numérisation et Google Book Search

Un rapport qui recense toutes les objections déposées à l'encontre du règlement Google Book Search depuis le début de la procédure aux Etats-unis, ainsi que la manière dont la nouvelle version de l'accord entend y répondre. Un excellent document de synthèse issu du Public Index, le site américain mis en place pour rassembler les éléments destinés à alimenter le débat public sur le Règlement.

Analyse fouillée des risques de glissement vers des formes de censure que recèlent le nouveau Règlement Google Book. Le risque de manipulation des contenus pourrait aussi bien être le fait de Google, des Etats ou des titulaires de droits.

Retour sur les propositions audacieuses de Robert Darnton visant à susciter une alternative publique à Google Book Search. Des pistes qui rappellent par certains côtés les propositions faites par l'IABD dans sa récente déclaration sur Google Book.

II International

Prise de position salutaire du gouvernement allemand qui refuse que la préservation du droit d'auteur puisse affecter les libertés fondamentales des individus.

Analyse de la loi israélienne sur le droit d'auteur (votée en 2007). Un texte intéressant, notamment par la définition du fair use qu'il propose. On note également qu'en Israël, il est possible de renoncer complètement à l'exercice de ses droits sur une oeuvre (y compris le droit moral) et donc de faire tomber par anticipation une oeuvre dans le domaine public.

La réforme actuellement en cours en Angleterre entend s'attaquer au problème des oeuvres orphelines, visiblement par le biais de la mise en place d'un système de gestion collective, ce qui n'est pas sans susciter des critiques.

Toujours en Angleterre, le décidément très actif Intellectual Property Office (IPO) reprend les suggestions du rapport Gowers et propose l'introduction d'une exception pédagogique, d'une exception en faveur de l'étude privée et de la recherche, ainsi que d'une exception conservation au profit des Bibliothèques, Archives et Musées.

III Suites d'Hadopi.

Vous pensiez que la loi Hadopi avait été votée pour protéger le droit d'auteur ? Pas celui des journalistes visiblement...

Comme j'ai l'habitude de dire, le pire des DRM est le DRM mental. Le gouvernement semble être d'accord puisqu'il est prévu que la loi Hadopi soit enseignée ... dans les écoles !

Où l'on apprend avec effroi que le budget alloué pour le fonctionnement d'Hadopi équivaut à la somme des crédits centraux et déconcentrés alloués au livre. Le reste du billet n'est pas mal non plus...

IV Données publiques

Barack Obama s'engage en faveur d'une meilleure diffusion de l'information gouvenrmentale en ligne et des données publiques aux Etats-Unis.

Examen comparé de l'accès aux données publiques en Nouvelle Zélande, en Australie, aux Etats-Unis et en Angleterre, tant du point de vue technique que juridique.

V Culture libre et Copyleft

VI Synthèses utiles et analyses

Samedi, je postais un billet sur la manière d'utiliser Pearltrees dans le domaine du droit, qui se terminait sur une réflexion sur la nature juridique de ce service. Une question qui a suscité l'intérêt de Patrice Lamothe CEO de Pearltrees qui a appelé dans un commentaire la communuaté des utilsiateurs du service à réfléchir à cette question. Jérôme sur son blog pose la première pierre, de fort belle manière comme d'habitude, en examinant l'épineuse question de la qualification juridique de Pearltrees. Depuis le débat rebondit sur Twitter. To be continued...

Filons de S.I.Lex #13 : le relevé des fouilles de la semaine

Pas facile de rester à la pointe de l'actualité juridique tellement la semaine a été riche. J'espère que ces Filons pourront vous aider à vous orienter !

Arrowhead Detail. Par Wessex Archeology. CC-BY-NC-SA. Source : Everystockphoto

I Prise de position des Archives, Bibliothécaires et Documentalistes français sur la question des oeuvres orphelines :

L'IABD (Interassociation Archives Bibliothèques Documentation) a publié une déclaration exprimant la position de ses associations membres sur la question des oeuvres orphelines. Ce texte souligne l'importance de trouver une solution légale pour lever les blocages qu'opposent les oeuvres orphelines à la numérisation du patrimoine. Les oeuvres orphelines sont des oeuvres toujours protégées par des droits de propriété intellectuelle, dont il est impossible ou très difficile d'identifier ou de localiser les titulaires de droits. A défaut de pouvoir obtenir de leur part une autorisation, il est alors impossible de numériser légalement ces oeuvres. La Commission européenne a rappelé à de nombreuses reprises que le problème des oeuvres orphelines devait être réglé pour permettre le développement de la numérisation en Europe (une audition s'est tenue à ce sujet le 26 octobre dernier à Bruxelles). On sait également que le problème des oeuvres orphelines depuis le début est au coeur de l'affaire Google Book Search. Le Ministre de la Culture a annoncé à plusieurs reprises ces dernières semaines son intention de traiter la question des oeuvres orphelines au niveau français par le biais d'une loi. La déclaration de l'IABD s'inscrit directement dans ce contexte. Elle entend avant tout se positionner vis-à-vis des propositions émises par le Conseil Supérieur de la Propriété Littéraire et Artistique (CSPLA) dans un rapport remis en 2008, qui serviront vraisemblablement de base à la discussion. Si les associations des professionnels de l'information acceptent certaines des propositions du CSPLA, elles estiment que le système de gestion collective proposé risque en l'état de conduire à un mécanisme déséquilibré, coûteux, peu efficace et inadapté aux réalités de la numérisation.  Elles appellent à ce que la solution française soit conçue dans un esprit de conciliation entre le respect des droits d'auteur et le droit d'accès à la connaissance et à la culture. Au delà d'une solution légale, l'IABD insiste sur la dimension politique essentielle du problème des oeuvres orphelines et demande à ce qu'une large concertation soit lancée sous l'égide des pouvoirs publics entre les acteurs concernés : auteurs, éditeurs, bibliothèques, archives et documentalistes. J'avais eu l'occasion en 2008 de faire un commentaire à propos de la solution proposée par le CSPLA. Je vous recommande également d'aller lire le billet "Les oeuvres orphelines. Le défi lancé par Google" publié par Michèle Battisti sur son blog Paralipomènes, qui dresse un tour complet de l'arrière-plan de la question.

II Affaire Google Book Search et numérisation en Europe

Les choses ont été assez calmes cette semaine du côté américain (assez rare pour être signalé !). On relève seulement que l'objection de procédure soulevée par Amazon afin de faire annuler l'introduction du nouveau règlement a été repoussée par le juge Chin. On pourra lire aussi ce texte de SPARC qui soulève la question rarement posée des rapports entre l'Open Access et le nouveau règlement. Mais c'est surtout du côté de la France et de l'Europe qu'il y a du nouveau à signaler.

On pourra commencer par lire ce compte rendu qui offre un bon panorama des positions en présence (Jean-Noël Jeanneney, Bruno Racine, Serge Eyrolles, Arnaud Nourry, Marc Tessier, Hervé Gaymard, Philippe Colombet de Google France, un représentant de la Communication européenne...) et permet de mesurer l'importance accordée par les députés à la question de la numérisation. Le moins que l'on puisse dire, c'est que les avis restent à ce stade toujours très divergents, alors que la Commission Tessier doit rendre son avis le 15 décembre.

Suite au Conseil des Ministres européens de la Culture qui s'est tenu à Bruxelles le 25 novembre dernier, l'Union européenne paraît reprendre la main sur la question de la numérisation des oeuvres. Une uniformisation du cadre légal en matière de numérisation et de droit d'auteur est annoncée, ainsi que la mise en place d'un comité des sages qui examinera en 2010 les conditions des partenariats public-privé de numérisation.

Les allemands vont d'ores et déjà plus loin puisque le gouvernement fédéral annonce la mise en place d'une Bibliothèque Numérique Allemande (DDB). Il s'agira plutôt d'un portail visant à fédérer l'accès aux ressources déjà numérisées par les archives, bibliothèques et musées allemands (type Culture.fr ?), plutpot qu'une bibliothèque numérique au sens propre. Mais des financements conséquents sont annoncés pour 2011. L'opération est clairement présentée comme un moyen de contrer les entreprises de Google Book et de protéger le droit d'auteur.

III Réforme du droit d'auteur en Europe et dans le monde

Le Gouvernement de Zapatero engage une réforme pour lutter contre le piratage qui envisage le blocage de sites internet sans passer par la voie judiciaire. Soutenu par un grand nombre de musiciens et de cinéastes, ce projet a suscité un très vif mouvement de protestation avec en point d'orgue la publication d'un manifeste de défense des droits fondamentaux sur Internet que je vous invite vivement à lire.

Même démesure dans la lutte contre le piratage en Angleterre où le Digital Economy Bill actuellement en discussion envisage de donner au gouvernement britannique la faculté de changer les règles de la propriété intellectuelle par voie réglementaire pour introduire de nouvelles sanctions contre le téléchargement illégal. Filtrage, blocage de sites, obligation pour les écoles, les bibliothèques, les entreprises, les FAI de remettre les données personnelles des utilisateurs sont également au programme. A tel point que Google, Microsoft, eBay et Yahoo sont montés au créneau pour exprimer leurs inquiétudes.

Pour finir sur une note plus optimiste, en Inde une campagne est lancée pour réformer la loi sur le droit d'auteur en faveur des handicapés visuels. Un mouvement qui s'inscrit visiblement dans le cadre de l'initiative de l'OMPI en faveur de l'ouverture des exceptions au droit d'auteur, dont j'avais déjà eu l'occasion de parler dans S.I.Lex.

IV Copyleft et Open Access

[Je n'ai hélas pas pu suivre ce qui se passait cette semaine du côté de la conférence Berlin 7 sur l'Open Access qui se tenait à Paris]

La campagne de soutien d'automne en faveur des Creative Commons a commencé. Elle vise à récolter un demi-million de dollars avant le 31 décembre. A votre bon coeur !

Plaidoyer en faveur de l'adoption de la licence Creative Commons la plus ouverte dans le domaine des ressources éducatives.

Compte rendu de ce cycle de conférences et de débats qui portaient cette année sur le thème des nouveaux objets communicants. La synthèse d'Hubert montre à quel point ces outils sont ambivalents du point de vue de l'accès à l'information. Nouvelles portes d'entrée sur les données du web, nouveaux points de création de données, ils peuvent aussi conduire à les enfermer dans des systèmes propriétaires verrouillés qui vont à l'encontre du besoin de libération des données dont a besoin le web aujourd'hui pour entrer dans une nouvelle phase. Une lecture incitant à la prudence dans notre rapport avec ces nouveaux jouets technologiques qui nous donnent un peu trop vite le sentiment d'une liberté qui n'est pas l'ouverture.

V D'autres trouvailles...

L'ADBS publie 50 réponses à des questions sur le droit de l'information : autant d'occasions de faire le point sur des questions pratiques et concrètes (accès réservés aux membres de l'ADBS). Une ressource particulièrement utile qui est également intéressante par la manière dont elle est diffusée sur internet. Outre le site de l'ADBS, on peut accéder aux réponses par le biais d'une base de favoris delicious (faqdroitadbs) ou à partir de l'univers Netvibes Droit de l'information de l'association. Un exemple inspirant de dissémination et un usage astucieux des outils 2.0.

Les personnes morales risquent-elles la coupure d'accès à Internet comme les particuliers du fait des nouvelles dispositions introduites par les lois Hadopi ? Je m'étais posé la question (avec inquiétude) dans un billet de S.I.Lex à propos des bibliothèques. Ce dossier de l'ADI est plutôt rassurant, car il montre que si ce risque existe, sa réalisation reste assez théorique.

Excellente synthèse pour faire le point sur cette notion émergente (et sûrement une grand question juridique des années à venir).

VI ... Et quelques curiosités pour finir

Peut-on revendiquer un droit à l'image ... à propos de son sosie ? Il semblerait bien que la réponse de la jurisprudence soit oui. Un bel exemple de surréalisme juridique, mais une certaine logique quand même au bout du compte.

Quand le magazine Têtu décide de lancer les "Jeux Olympiques du sexe", le Comité National Olympique et Sportif Français s'insurge et brandit l'arme juridique du l'utilisation abusive des marques et emblèmes. S'ensuit une très intéressante décision du TGI de Paris qui a écarté l'accusation en invoquant l'aspect ludique et humoristique du propos. Ce qui revenait à créer de manière prétorienne une nouvelle exception, disctincte de la parodie et plus large. La Cour de Cassation n'a hélas pas fait preuve d'autant d'humour et a rejeté ce raisonnement pour faire valoir le droit des marques. Un dernier round doit avoir lieu devant la Cour d'Appel de Paris et nous verrons bien si la propriété industrielle en France admet ce droit à l'humour, indissociable pourtant de la liberté d'expression.

Filons de S.I.Lex #12 : le relevé des fouilles de la semaine

Master pieces. Par america perales. CC-BY-NC-SA. Source : Flickr

I Affaire Google Book Search et numérisation

La municipalité de la Ville de Lyon a donc choisi de suivre l'avis de la CADA rendu le 13 novembre dernier, suite à la demande de communication du contrat déposée par le magazine Livres Hebdo. On ne peut que saluer cette décision qui va dans le sens de la transparence démocratique. Vous trouverez au bout du lien ci-dessus le CCTP (Cahiers des Clauses Techiques Particulières), l'acte d'engagement du marché et une lettre d'éclairage de Google. Je ne vais pas me lancer dans une analyse détaillée de ces documents (d'autres ont commencé à le faire), mais je voudrais donner quelques éléments pour bien cerner la spécificité de ce contrat par rapport à ceux que nous connaissons déjà (à savoir ceux liant Google avec l'Université du Michigan et l'Université de Californie).

1) Il semblerait que ce contrat n'impose pas d'exclusivité d'indexation au bénéfice de Google, c'est-à-dire n'oblige pas la BM de Lyon à empêcher des moteurs de recherche concurrents d'indexer les contenus qu'elle pourra diffuser grâce aux copies numériques remises par Google. C'est une très grande différence par rapport aux contrats Michigan/Californie, qui mentionnaient cette exclusivité en toutes lettres, en allant même jusqu'à indiquer la manière dont le blocage devait être effectué techniquement. Je resterais toutefois prudent sur ce point, car les documents de la BM seront diffusés par le biais d'un site mis en place par Google lui-même (Hosted Solution). Il faudra donc vérifier in concreto si ce site est ouvert à l'indexation par les autres moteurs de recherche. Rien dans le contrat n'indique expressément que Google est obligé de le faire.

2) Le CCTP impose en revanche une exclusivité sur la numérisation. La Ville de Lyon n'a pas le droit de faire renumériser les mêmes ouvrages par un autre opérateur que Google durant toute la durée d'exécution du contrat (soit 25 ans). Mais la lettre d'éclairage précise qu'il est possible de faire numériser d'autres parties de la collection  de la BM par des tiers.

3) L'exclusivité commerciale est bien là pour une durée de 25 ans. Il n'est pas possible à la Ville de Lyon de faire un usage commercial des fichiers remis par Google ou de permettre à des tiers d'en faire usage à des fins lucratives. Un tempérament est apporté cependant lorsqu'une valeur ajoutée est apportée par la bibliothèque aux simples fichiers on comprend ce que cela signifie en lisant le contrat de l'Université de Californie. Ex : apports éditoriaux, réalisations de produits pédagogiques...).

4) Le contrat impose certaines restrictions à l'usage des fichiers remis à la BM. La Ville de Lyon s'engage à empêcher le téléchargement en nombre et la dissémination massive des fichiers remis par Google sur la Toile (extractions automatisée et répétée de la base de données). En revanche les utilisateurs pourront télécharger à la pièce des documents, mais seulement en mode image.

5) Le contrat permet à la BM de Lyon de conclure des partenariats à finalités non-commerciales avec d'autres bibliothèques ou établissements et la lettre d'éclairage mentionne explicitement la possibilité pour la BM de Lyon de participer à Européana ou de collaborer avec Gallica. Cependant, le CCTP ne permet pas la remise des fichiers eux-mêmes à un tiers. On en déduit que l'échange de données (par exemple par le biais du protocole OAI-PMH est possible), mais pas l'échange de fichiers. C'est toutefois suffisant pour participer à Européana et le contrat indique qu'il est possible d'aller plus loin, avec l'accord de Google.

D'autres trouvailles en lien avec l'affaire Google Book Search :

Il s'agit du compte-rendu de l'audition qui a été tenue à Bruxelles le 7 septembre dernier par la Commission à propos de Google Book. Intéressant document qui tente de faire la synthèse des points de vue qui se sont exprimés alors. On remarquera l'insistance sur la question des oeuvres orphelines et des oeuvres épuisées.

Les Assemblées parlementaires se saisissent elles-aussi de la question de la numérisation du patrimoine, en organisant des débats publics qui sont peut-être parmi les plus intéressants que l'on puissent trouver à ce sujet dans l'hexagone. On peut lire un compte rendu de cette table ronde de l'Assemblée chez Livres Hebdo. L'initiative de l'Assemblée qui figure au bout du lien ci-dessus est à rapprocher des travaux du Sénat. Voyez notamment cette question orale avec débat posée par Jack Ralite le 16 novembre dernier et le compte rendu des débats qui ont suivi. Vous constaterez notamment qu'il est fait explicitement mention de la position exprimée par l'IABD (Interassociation Archives bibliothèques Documentation) à propos de Google Book, avec reprise des arguments.

Compte rendu officiel du Conseil des Ministres de la Culture qui s'est tenu à Bruxelles vendredi dernier et qui a accordé une large place à la question de la numérisation des contenus culturels (Compte rendu en accès restreint sur Livres Hebdo). Frédéric Mitterrand y a notamment défendu l'idée de mettre en place au niveau européen une réflexion pour déterminer les conditions des partenariats publics-privés acceptables en matière de numérisation.

II Autres trouvailles de la semaine

1) Importante réforme en vue en Angleterre

L'Angleterre, dont j'ai eu l'occasion de parler au début du mois dans S.I.Lex, s'engage sur la voie d'une réforme législative importante par le biais du Digital Economy Bill. C'est une évolution qu'il faudra suivre de près, car nos voisins britanniques semblent en train d'aborder de manière constructive la question de l'adaptation de la propriété intellectuelle à l'environnement numérique.

C'est notamment le cas en matière d'oeuvres orphelines. Les britanniques sont en train de s'attaquer à ce problème à bras le corps et la British Library, très impliquée dans ces réformes, applaudit des deux mains.

2) Bibliothèques et libertés

Les bibliothèques américaines se mobilisent contre les Accords ACTA, ce traité secret qui risque d'entraîner un bouleversement incroyablement funeste pour les libertés numériques au nom de la lutte contre la piraterie. Ce document est extrêmement intéressant car il montre en quoi les bibliothèques sont directement concernées par la menace ACTA, notamment parce que ce texte bafoue l'idée d'un équilibre entre le droit d'auteur et les droits d'accès à la culture et à la connaissance, qui a toujours été la ligne des bibliothèques partout dans le monde. J'essaierai cette semaine de présenter ce document dans un billet, car il me semble que c'est un combat dont les bibliothécaires ne peuvent se tenir à l'écart. Pour en savoir plus à propos d'ACTA, sujet complexe, j'ai essayé de rassembler quelques références essentielles dans cette perle de liens (Pearltrees).

Accords ACTA//

C'est peut-être la fin d'une période très sombre pour les bibliothèques américaines. Le Patriot Act pourrait être révisé pour limiter fortement la possibilité d'obtenir des bibliothèques des informations personnelles de leurs lecteurs dans le cadre des enquêtes contre le terrorisme et la sécurité de l'Etat. Un amendement a été déposé en ce sens à la Chambre des représentants C'est le résultat de plusieurs années de campagne menée par les bibliothécaires et les associations américaines de défense des libertés en faveur de la Privacy. Pendant ce temps en France, les eaux noires de la Loppsi montent peu à peu et les bibliothécaires seraient bien eu avisés de croire que cette nouvelle loi liberticide n'aura pas de retombées sur eux... et c'est dès janvier qu'il faudra être en mesure de se mobiliser... demain... Avez-vous vraiment envie d'un Patriot Act à la française ?

3) Culture libre

Ce musée ethnographique hollandais a choisi d'enrichir Wikimedia Commons avec ces images, en acceptant de libérer les droits sur ces contenus (licence CC-BY-SA). Cette initiative en faveur de l'accès ouvert au domaine public rejoint celles déjà entreprises par la Deutsche Fotothek et les archives fédérales allemandes.

Belle déclaration lancée à l'occasion du Forum Social Mondial 2009, non sans rapport d'ailleurs avec le lien qui figure ci-dessus. Le texte donne à penser sur la notion d'appropriation de biens qui devraient pouvoir bénéficier à tous, et au rang desquels figurent en premier lieu le patrimoine culturel. La déclaration est plus large et vise aussi les dérives de la propriété industrielles qui conduisent par exemple à breveter le vivant, ainsi que la protection des ressources naturelles, biens communs par excellence (mais si loin de l'être dans les faits). Ce n'est pas la première fois que l'on remarque une passerelle entre l'approche écologique et la problématique de l'accès ouvert au savoir, grâce justement à la notion de bien commun qui fait le lien entre les deux. C'est ce que l'on peut constater également en lisant le très beau texte "De la propriété intellectuelle à l'accès ouvert aux savoirs" sur le site des verts Brestois (Brest ouVert). Et ce n'est certainement pas un hasard si les travaux de la dernière lauréate du Prix Nobel d'Economie, Elinor Ostrom, l'ont conduit à s'intéresser aussi bien à l'écologie qu'aux licences libres.

[cela dit, personnellement, je me sens encore beaucoup plus noir que vert].

III A ne pas manquer cette semaine

L'association des professionnels de l'information juridique, Juriconnexion, organise le jeudi 3 décembre sa journée d'étude annuelle sur le thème "Information juridique : situation de crise ? Outils et stratégie de valorisation de la documentation juridique". J'aurais le très grand plaisir d'animer un atelier à propos de l'usage des réseaux sociaux dans le domaine du droit aux côtés de Déborah Potelle de l'équipe des Geemiks de la médiathèque de l'ESC Lille. Je trouve très positif (et significatif) que des professionnels du droit fasset appel à deux bibliothécaires pour traiter ce sujet. Pour ma part, je me souviens de la révélation qu'avait constituée la découverte de l'Univers netvibes de Juriconnexion, l'une des premieres réalisations de ce genre dans le domaine du droit. D'après ce que je me suis laissé dire, il resterait encore des places pour la journée du 3...

IV Cuisine interne

Depuis quelques temps, je m'amuse comme un petit fou avec Pearltrees.

J'ai longtemps eu du mal avec ce service, que je trouvais très élégant, mais sans parvenir à lui trouver une place entre mes favoris delicious et mon agrégateur. Finalement, je perçois mieux à présent la manière dont on peut tirer profit de cet outil à mi-chemin entre cartographie heuristique, scénographie du web et nouveau "théâtre de mémoire".

De plus, il existe déjà une facette juridique dans Pearltrees (pas très développée mais intéressante) et je suis persuadé que l'on peut inventer des usages innovants dans le domaine du droit. J'en parlerai certainement dans un prochain billet, lorsque j'aurai fait plus d'expériences.

D'ici-là, je vous invite bien sûr à aller tester l'outil et pourquoi pas, à visiter mes arbres de perles.

calimaq//

Filons de S.I.Lex #11 : le relevé des fouilles de la semaine

A noter que demain lundi 9 novembre, les parties au procès Google Book Search doivent proposer au juge américain en charge de l'affaire une nouvelle version de leur règlement modifié pour tenir compte notamment des critiques formulées par le Department of Justice. Je n'ai rien vu passer qui indique que les parties sont prêtes ou non. A lire en attendant pour se remémorer les enjeux, ce billet synthétique "Getting ready for november 9" par Kenneth Crews.

Pour le reste, les Filons de cette semaine tourneront essentiellement autour des révélations qui sont parues cette semaine autour des accords ACTA, une nouvelle cruciale et très inquiétante, qui mérite toute notre attention tant elle peut s'avérer à terme dangereuse pour nos libertés numériques.

Une nouvelle rubrique également dans les Filons "Du fond de la Mine de S.I.Lex", dans laquelle je vous indiquerai les nouveaux sites sur lesquels j'ai posé des fils RSS. Plusieurs belles trouvailles cette semaine ...

PS : suite à la baisse de régime de la semaine dernière, j'ai décidé de changer un peu les outils que j'utilise pour faire ma veille. Passage de Delicious à Diigo (mon profil ici) et de Netvibes à Google Reader. L'effet "rafraîchissant" est immédiat et il faut certainement en conclure qu'il n'est pas bon de s'enfermer dans un système de veille trop figé. Diigo est particulièrement impressionnant par les possibilités de partage qu'il offre. Sûrement de belles choses à inventer, notamment avec les fonctionnalités d'annotations qui se prêtent très bien à la veille juridique. Quelqu'un sait-il d'ailleurs s'il y a un moyen d'envoyer des bookmarks de Diigo vers Tumblr (on peut le faire avec plusieurs sortes de blogs dont Wordpress, mais hélas pas directement Tumblr ...) ?

P1
Cette photo m'a été généreusement offerte par un ami. Il s'agit de silex ... coréens (!!!) du National Museum de Séoul. En plus de m'offrir la photo, cet ami m'a fait le plaisir de libérer les droits sur l'image, ce qui me permet de la proposer sous licence CC. (Sans titre. Par Guillaume Holdner. CC-BY).

I. Accords ACTA : demain peut-être l'Apo©alyspe ...

ACTA pour Accord International de Commerce Anti-Contrefaçon : des rumeurs et des avertissements circulent depuis longtemps à ce sujet. Mais des fuites ont eu lieu cette semaine qui révèlent l'ampleur de la menace avançant masquée derrière ce sigle. Nous sommes en présence d'un traité multilatéral initié par les Etats-Unis et négocié dans les conditions les plus opaques par les Etats allant jusqu'à imposer le secret défense pour empêcher la communication des documents. Au nom de la lutte contre le piratage et de la protection du droit d'auteur, ces accords prévoiraient de renforcer drastiquement la responsabilité des intermédiaires techniques que sont les fournisseurs d'accès internet et les hébergeurs, ce qui conduirait à terme à la mise en place de systèmes de filtrage a priori des contenus. Le risque de dérapage vers la censure généralisée est réel, dans la mesure où les intermédiaires seront tentés de retirer les contenus sitôt qu'une illégalité leur sera signalée et ce, sans intervention préalable du juge. Les accords prévoiraient également la mise en place d'un système global de riposte graduée en obligeant les FAI à déconnecter les internautes violant le droit d'auteur. Last bur not least, ACTA irait encore plus loin dans la protection des verrous numériques (DRM) que les traités OMPI de 1996.

Bref, nous avons là tous les ingrédients d'une potentielle apo©alypse numérique orchestrée au nom de la protection du droit d'auteur. Un cauchemar en gestation qui révèle également de manière éclatante les relations troubles qu'entretiennent les grandes industries culturelles et le mode politique.

L'article de ReadWriteWeb pointe bien le rôle particulier que la France a joué et peut jouer encore dans cette glissade incontrôlée vers le contrôle du web :

La position de la France est, à ce moment de l’Histoire, unique et décisive. Nous avons été le territoire d’expérimentation de la riposte graduée, nous somme à l’avant garde de cette lutte que les américains observaient jusqu’ici d’un œil distant et amusé, et qui s’avère aujourd’hui globale et mondialisée. La bataille d’Hadopi est belle et bien une bataille, un épisode, pas plus, le début d’un période qui s’annonce longue, et cette bataille est très loin d’avoir été perdue.

En forçant les politiques à dévoiler leur incurie et leur ignorance, ces derniers ont laissé des traces indélébiles qui seront très sévèrement jugés par les générations futures, quand l’écrasante majorité de la population considèrera comme tragi-comique la confusion entre firewall et openoffice, quand, d’ici à quelques années, Hadopi sera enfin appréhendé par toute une population comme le début de l’instauration d’une dictature numérique, où les tyrans sont des industriels et non des politiques (bien que dans bon nombres de pays la distinction soit subtile).

La bataille d’Hadopi, épisode exotique aux relents comiques, qui a tourné en ridicule bon nombre de politiciens Français au point de faire trembler les puissants et de ruiner carrières et réputations, est désormais une guerre mondiale. Si ce traité est mis en application, les conséquences sur la démocratie telle que nous la connaissons, sur la culture, sur le monde de demain, seront phénoménales, et nous avons, nous, petits Français, un savoir faire à partager avec la terre entière.

Demain, des dizaines de batailles similaires aurons lieu aux quatre coins du globe.

Le chemin est bien sûr encore long avant la signature et la ratification de ce traité et il faudra ensuite qu'il soit transposé par les Etats. Mais c'est maintenant qu'il faut agir si l'on ne veut pas basculer dans un futur où les libertés numériques dont nous jouissons actuellement sur Internet ne soient plus qu'un vain mot.

Nous ne pourrons pas dire que nous en savions pas ...

II. Droit d'accès à Internet et libertés numériques en Europe :

Pendant ce temps, le Conseil de l'Union européenne et le Parlement européen aboutissent enfin à un accord à propos du Paquet Télécom. Le compromis prévoit des garanties fortes pour contrôler les restrictions d'accès à Internet : le droit à «une protection judiciaire effective et au procès équitable», «le principe de la présomption d'innocence et le respect de la vie privée» et le respect de la Convention de sauvegarde des Droits de l'Homme et des Libertés fondamentales. Même s'il contient encore des ambiguïté et des imperfections, ce texte pourra jouer un rôle protecteur, notamment si la menace des accords ACTA se rapproche de l'Union européenne.

Par ailleurs, la question de la mise en place de la riposte graduée se répand en Europe suite au vote de la loi Hadopi par la France, avec des réponses très variables selon les Etats qui montrent qu'il n'existe pas de consensus au niveau européen concernant la lutte contre le piratage :

Et retour en France pour clore ce chapitre mouvementé cette semaine des libertés numériques :

III Les Eclats de la semaine

Relics. Par late night movie. CC-BY-NC-ND. Source : Flickr

IV Du fond de la Mine de S.I.Lex

Quelques blogs et sites découverts cette semaine ... (cliquez sur les images)

 

droit et photographies
Le blog droit & Photographie

Nouveau venu dans la jurisphère française. Un beau sujet et un billet qui a immédiatement piqué ma curiosité : "Que puis-je faire de la photo d'un animal qui ne m'appartient pas ?"

fotopedia
Fotopedia. The first collaborative photo encyclopedia.

Une excellente source de photographies sous licence Creative Commons, dont la qualité n'a souvent rien à envier aux clichés du National Geographic !

Et pour finir deux blogs anglophones atypiques repérés grâce à Aurélia :

moral panics
Moral Panics and The Copyright Wars. A blog about copyright discourse.

Tenu par un avocat spécialisé dans les questions de propriété intellectuelle (employé par Google) pour accompagner la sortie d'un livre éponyme, ce blog a un ton assez décapant.

Je vous recommande par exemple le billet "Chastity Belts and Copyright".

scrivener
Scrivener's Error.

Là aussi une curiosité en lien avec le monde de l'édition qui se présente ainsi : "Law and reality in publishing (seldom the same thing) from the author's side of the slush pile, with occasional forays into military affairs, censorship and the First Amendment, legal theory, and anything else that strikes me as interesting."

Filons de S.I.Lex #10 : le relevé des fouilles de la semaine

Moins de billets dans S.I.Lex, moins d'Eclats, une veille déstructurée et flottante ...

Pour ne rien vous cacher, la période est difficile et je traverse une période de "cafard numérique" qui m'a presque conduit à mettre S.I.Lex en veille pour quelques temps : première crise ... impression d'être submergé par les infos ... impression de ne plus savoir apporter de l'original ... volonté d'écrire de manière plus simple sans y parvenir... difficulté à insérer le temps de l'écriture entre celui du travail et de la vie privée ... un peu de pression aussi ...

Résultat : la désagréable sensation de voir passer des choses essentielles sans pouvoir réagir, comme la parution de la loi Hadopi 2 face à laquelle je suis resté glacé ...

J'imagine que bien des blogueurs connaissent ce genre d'épisodes un peu douloureux. Il y a peut-être  également un lien avec une certaine"crise" plus générale que paraît traverser en ce moment la Biblioblogosphère.

Mercredi 28, Silvère Mercier posait sur Twitter une question que je trouve très juste :

C moi ou les biblioblogueurs sauf quelques uns ne publient plus que rarement ? Le moment biblioblogs est-il sur le déclin ?

Peut-être ... Nous verrons bien où tout cela nous conduit... c'est certain qu'on sent bien que les choses sont en train de se reconfigurer en ce moment ...

En attendant, les Filons de la semaine, histoire de reprendre un peu le fil de la veille ...

[pas trop mon genre normalement l'épanchement sur mon blog et je n'en ferai pas une habitude, mais cette semaine, c'est comme ça ... humeur d'automne]

Spider macro
Une araignée sur un silex ... pour le cafard et la reprise du fil de la veille... (Spider Macro. Par Dave Angwood. Source : Flickr. Tous droits réservés) NB : cette image est protégée, mais son auteur a choisi de laisser active la fonction "Share", ce qui selon les CGU de Flickr confère une autorisation tacite de réutilisation (Copydown)

I Grandes manoeuvres autour du droit d'auteur et de la numérisation au niveau de la Commission européenne

La Commission européenne a publié coup sur coup plusieurs communications importantes à propos de l'évolution du droit d'auteur en Europe.

Le premier document contient une synthèse des réponses apportées au Livre vert paru en juilet 2008 "Le Droit d'auteur dans l'Economie de la Connaissance". Une analyse approfondie s'imposerait, mais il ressort avant tout que les points sur lesquels la Commission souhaite agir en priorité concerne la numérisation des ouvrages conservés par les bibliothèques, ce qui en dit long sur la place qu'occupe cette question dans les préoccupations des commissaires Reding et McCreevy en charge de ces dossiers. Les champs d'action retenus concernent la conservation et la diffusion numériques des oeuvres protégées, avec un accent particulier mis sur les œuvres épuisées et les œuvres orphelines. La Commission rappelle l'importance de la gestion des droits numériques et notamment du programme européen ARROW (Accessible Registries of Right Informations and Orphan Works towards Europeana). L'autre volet concerne l'accès aux ouvrages sous forme numérique pour les personnes handicapés.

On notera que cette communication intervient alors qu'il ne s'est pas écoulé deux mois depuis que la Commissio a publié une autre communication assortie d'une consultation publique "Europeana Next Steps" dont les réponses doivent à peine lui être parvenues ! Nul doute que l'urgence à agir mise en lumière par l'affaire Google Book Search, rappelé à de nombreuses reprises par Viviane Reding, explique l'activisme de la commission en la matière. Mais on a aussi le sentiment d'une certaine désorganisation de l'action. Des communications empilées les unes sur les autres ne font pas une politique ... Et c'est maintenant aux Etats de se saisir des sujets sur lesquels la Commission attire leur attention depuis des années !

Autre consultation qui recoupe par certains aspects la réflexion initiée dans le cadre du Livre vert, mais qui aborde plus largement les aspects économiques liés aux produits culturels numériques.

Bien que je n'ai pu étudier à fond ces documents, mon sentiment est que la question des œuvres orphelines va être le premier chantier lancé par la commission et peut-être plus vite que l'on ne pense.

Une grande audition publique a d'ailleurs eu lieu à ce sujet lundi dernier (26 octobre) à Bruxelles.

Le sujet est décidément brûlant, puisque l'on apprend également qu'en Angleterre, l'Intellectual Property Office vient de remettre un rapport qui recommande la mise en place d'une solution législative au problème des oeuvres orphelines.

Les choses peuvent donc bouger rapidement à la fois au niveau européen et au niveau des Etats, et il faudra être vigilant sur ce qui se passe en France. Je vous recommande d'aller jeter un oeil à l'article "La cause des orphelines" dans le dernier numéro de Livres Hebdo. On y apprend qu'éditeurs, auteurs et sociétés de gestion sont sur les rangs, tandis que des signes émanent du Ministère de la culture qui montrent que les oeuvres orphelines pourraient figurer en bonne place sur l'agenda politique, ce que laissent déjà entendre plusieurs déclarations de Frédéric Mitterrand.

A suivre donc, j'essaierai de faire le point régulièrement dans S.I.Lex !

II Culture libre et Copyleft

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Creative Halloween ! Image de saison. (Photo par thatmadgirl. Source Twitpic)
  • On me signale la tenue d'une grande conférence sur le logiciel libre et l'Open Source organisée par le chapitre local Europe d'OW2 et l'INRIA. Intitulé fOSSa (Free Open Source Software for Academia), l'événement aura lieu les 17 et 18 novembre prochains à Grenoble au World Trade Center.

Voici quelques mots de plus qui m'ont été transmis par l'un des organisateurs pour vous donner envie d'y participer :

Le programme couvre les aspects fondamentaux du logiciel libre/open-source (modèles économiques, licences, collaboration, communautés, promotion, exploitation) et propose des retours d'expérience ainsi que des présentations de projets innovants.  Elle s'adresse au monde académique/universitaire, mais aussi aux industriels dans la mesure où les relations recherche/industrie sont de plus en plus souvent au coeur de développements collaboratifs libres/open-source: fOSSa propose de repositionner le Libre au centre des collaborations recherche-industrie.
Les intervenants sont, en autre, Clément Escoffier (Apache), Ralph Mueller (Directeur Fondation Eclipse Europe), HP Fossology (Bob Gobeille et Bruno Cornec), INRIA (Luc Grateau et Jean Bernard Stefani), Arnaud Laprévote (Directeur R&D Mandriva), Cédric Thomas (OW2 Consortium CEO), Roberto Di Cosmo (CIRILL & Mancoozi), Plumes (Jean Luc Archimbaud et Teresa Gomez DIaz) ...

Un article fascinant qui compare les licences Creative Commons à une sorte de protocole TCP/IP "substantiel" appliqué aux contenus de la Toile et non plus seulement à son architecture. Très inspirant ...

La version 3.0 des Creative Commons a été traduite et adaptée aux spécificités du droit de Taiwan.

III Autres trouvailles de la semaine

Hathi Trust est l'entrepôt numérique mis en place par les bibliothèques américaines partenaires de Google Book pour conserver les données fournies par le moteur de recherche. Jusqu'à présent, il s'agissait d'un pur projet de conservation partagée, mais on apprend aujourd'hui qu'Hathi Trust va se transformer en véritable bibliothèque numérique et développer des services de valorisation des ouvrages numérisés, comme de l'impression à la demande ou un service de libraire en ligne spécialisée. Cette évolution donne à réfléchir sur la portée réelle des exclusivités imposées par Google à ces partenaires. En quoi consiste l'exclusivité commerciale par exemple si les bibliothèques peuvent mettre en place de tels services ? Cette marge de manœuvre résulte-telle des contrats initiaux ou a-t-elle été négociée par la suite avec Google. Mystère ...

J'adore quand le droit d'auteur est poussé dans ses retranchements et ici c'est bien le cas ! Une chose aussi intangible qu'un parfum peut-il bénéficier de la protection du droit d'auteur. Après tout, pourquoi pas ? L'oeuvre est toujours immatérielle, même quand elle s'incarne dans un support tangible. L'oeuvre est au-delà de son matériau et c'est cet au-delà que protège la propriété intellectuelle. Mais concernant le parfum, les juges eux-mêmes ne sont visiblement pas d'accord entre eux : la Cour de Cassation estime qu'une fragance ne peut pas être protégée par le droit d'auteur, à l'inverse du TGI de Lille. Voilà qui révèle la part immense de subjectivité et d'artificialité qui est au cœur de tout l'édifice du droit d'auteur ... les œuvres sont protégées parce que nous le voulons bien, souvenons-nous en  ...

Poursuite de l'étude du nouveau régime de responsabilité des directeurs de publication en ligne instauré par la loi Hadopi (voir aussi ce billet sur cette même question). D'après ces nouvelles règles, il paraît préférable désormais de ne pas modérer a priori les commentaires sur un blog, mais plutôt de les retirer rapidement en cas de signalement d'un acte illégal. Ce système peut paraître plus simple à gérer, mais Jérôme montre très bien qu'il peut avoir un effet pervers, dans la mesure où il est difficile d'apprécier le caractère illégal de propos figurant dans un commentaire (notamment en matière de diffamation). Le risque, c'est que les blogueurs préfèrent s'auto-censurer en retirant les commentaires, sitôt qu'une réclamation leur est faite plutôt que de se risquer devant le juge pour vérifier s'il y avait illégalité ou pas. Pour ma part, je reste attaché à la modération a priori, même si elle est plus risquée depuis l'intervention dela loi Hadopi. Je préfère assumer cette responsabilité, mais conserver le choix des contenus qui s'affichent sur mon blog (je dis ça, mais je ne pense jamais avoir empêché quelqu'un de poster un commentaire sur S.I.Lex, mais symboliquement la validation reste importante à mes yeux ...).

Filons de S.I.Lex #9 : le relevé des fouilles de la semaine

I. L'affaire Google Book Search

Cette semaine, l'affaire Google Book Search a connu d'importants développements aux Etats-Unis. Le tribunal de New York a fixé la date du 9 novembre aux parties en litige pour remettre une nouvelle version du Règlement, remaniée afin de tenir compte des objections formulées au mois de septembre par le Ministère de la Justice américain (DoJ). Si les parties arrivent à tenir ce délai, la décision finale du juge pourrait intervenir fin décembre-début janvier. Il s'agit d'un tournant dans cette affaire, qui peut conduire à un nouveau Règlement plus équilibré. Je sais que ce n'est très "fair play" de pointer vers son propre blog, mais si vous voulez comprendre exactement de quoi il retourne, je vous renvoie au billet écrit cette semaine par Aurélia dans S.I.Lex (Procès Google Book Search : Paris-New York et retour). Honnêtement, j'ai eu beau chercher, je n'ai rien lu par ailleurs d'aussi complet ...

Jeudi, vendredi et samedi, s'est tenu à la New York Law School un cycle de conférences "D is for Digitize" qui se donnait pour but de "décortiquer" les aspects les plus importants du Règlement Google Book. N'arrivant à accéder aux webcasts pour une raison technique qui m'échappe, je me suis rabattu vers les micromessages que plusieurs participants ont envoyé en masse sur Twitter (marqués par le hashtag #disfordigitize ou #gbs). C'est la première fois que je suivais ainsi un évènement par le biais de Twitter et je dois dire que ce fut une expérience intéressante à la fois sur le fond et sur la forme. Vraiment l'impression par moment d'être dans la salle en face des conférenciers, mais aussi dans la tête des participants en train de tweeter ... un mélange de translocalisation et de télépathie assez troublant ! Les échanges ont été une très grande richesse - ils sont le reflet de la qualité du débat public américain sur cette question - et permettent de mieux cerner les enjeux du Règlement. J'ai fait un "best of" des tweets envoyés que vous pourrez retrouver sur les Eclats de S.I.Lex en cliquant sur le lien ci-dessus.

Dans les colonnes du New York Times, le co-fondateur de Google se défend de l'accusation de vouloir constituer un monopole et insiste sur les apports du Règlement en matière d'oeuvres orphelines.

Une des meilleures prises de position sur cette affaire que j'ai pu lire depuis longtemps ! Au delà des aspects juridiques et économiques, P.-A. Xavier pointe le problème politique que le projet de Google met en lumière et renvoit tous les acteurs concernés (éditeurs, libraires, Etat, bibliothèques ...) à leurs responsabilités. Avec en prime une lecture critique de l'article de Slate paru cette semaine "Google Book a déjà gagné" que j'avais eu beaucoup de mal à avaler !

Une position qui a le mérite d'être claire, mais complètement arqueboutée sur une conception ultra-rigide du droit d'auteur que je croyais propre à la France !  ... alors que ce que révèle l'affaire Google Book Search, c'est précisément l'urgence d'une refonte des règles de la propriété intellectuelle en Europe ... soupir ...

II. Libertés numériques, filtrage du web et censure

Un constat très sombre sur l'état de la liberté d'expression et de publication dans notre pays. Extrait : "chez les juristes, on a l’habitude de dire que ce qui est publié en France pourra l’être ensuite partout".

Excellent retour historique qui s'intéresse à la manière dont l'opposition citoyenne au durcissement du droit d'auteur sur Internet se structure peu à peu en mouvement politique : des premiers temps du logiciel libre, aux combats contre les lois DADVSI et Hadopi, jusqu'aux actions de la Quadrature du net, de la Ligue Odebi, des partis pirates... Une évolution qui n'est pas sans rappeler la trajectoire du mouvement écologiste ...

Le filtrage des sites de jeu illégaux sera bien possible, mais il ne pourra être prononcé que par un juge, saisi par une nouvelle autorité administrative, l'ARJEL. Un  mécanisme qui s'inscrit dans la lignée des règles posées par le Conseil Constitutionnel à l'occasion de la censure de la première mouture de la loi Hadopi en juin dernier. La question du filtrage de l'Internet va certainement revenir régulièrement dans l'agenda politique et il n'est pas douteux que le gouvernement a voulu "tester" le Parlement à l'occasion du vote de la loi sur les jeux en ligne.

Proposée par 15 intellectuels chinois, ele me paraît beaucoup mieux formulée que certaines tentatives récentes que l'on a pu voir passer ces derniers temps en France (voir sur cette page, colonne de droite en bleu)

III. Points de droit et jurisprudence

Second volet après l'article de la semaine denrière consacré à la protection des bases de données par le droit d'auteur.

Intéressants développement sur la portée de l'exception de copie privée et les copies techniques transitoires.

IV. Copyleft, Open Acces

En s 'appuyant sur les conditions contractuelles inscrites au dos des billets vendus aux spectateurs, le CIO veut empêcher la diffusion de photos prises lors des épreuves des JO et leur diffusion sur Internet, surtout si elles sont placées sous licence Creative Commons. Entorse manifeste à la liberté d'expression et au droit à l'information. Et bien au-delà une démarche qui peut conduire à une forme très pernicieuse d'appropriation des évènements eux-mêmes : un cauchemar en puissance que j'avais déjà eu l'occasion d'évoquer dans S.I.Lex.

Excellent petit guide pratique qui montre qu'il existe plusieurs manières de citer correctement une photo sous licence Creative Commons lorsqu'on la réutilise.

Il faut aller voir le site australien Mashup Australia, sans conteste ma découverte de la semaine et un vrai rayon de soleil ! Une iniative sans précédent qui voit l'Etat australien placer 59 bases de données gouvernementales sous licence CC-BY pour les ouvrir le plus largement possible à la réutilisation. Et comme si cela ne suffisait pas, cette initiative est couplée avec un grand concours de mashup qui récompensera les meilleurs services créés à partir du croisement de ces données. On parle beaucoup de Gouvernement 2.0 ; les australiens le font et choisissent l'Open Access pour faire leurs données pubiques un véritable bien commun ... que dire de plus ? Ozzie Ozzie Ozzie, Oi Oi Oi ! (merci @cottinstef de m'avoir fait découvrir ce site ... et ce cri de guerre australien !)

Update de la soirée : Visiblement la ville de Portland dans l'Oregon a choisi elle-aussi d'ouvrir ses données.

Filons de S.I.Lex #8 : le relevé des fouilles de la semaine

Une semaine sans billet dans S.I.Lex (cela ne m’était pas arrivé depuis février, je crois !) …

Mais il faut dire qu’à l’invitation du CERSA , j’ai pu assister au 6ème Workshop de Communia qui se déroulait cette semaine à Barcelone sur le thème “Memory Institutions and the Public Domain“. Communia est une initiative lancée par la Commission européenne sous la forme d’un réseau thématique qui a pour but de conduire une réflexion sur le domaine public sous forme numérique (Digital Public Domain). Le réseau rassemble des bibliothèques, des services d’archives, des musées, des universités, mais aussi des entreprises et des représentants de la société civile et c’est cette diversité d’approches qui fait toute la richesse de ce type de réunions.

On y parle  d’accès au savoir et à la connaissance dans l’environnement numérique, de l’apport des licences libres comme les Creative Commons, de réforme du système de la propriété intellectuelle en Europe, mais aussi du rôle économique du domaine public et de la manière dont peuvent s’articuler l’action des institutions publiques et des acteurs privés.

Le numérique à première vue paraît une chance pour accroître l’accès au domaine public et la réutilisation des contenus, mais il peut aussi constituer une menace, notamment en raison des contraintes juridiques qui tendent à renaître et à s’accumuler sur les objets numériques.

Je tâcherai de vous donner cette semaine un aperçu des travaux de Communia. J’ai également pu repérer par ce biais certains projets particulièrement intéressants mis en œuvre par des institutions culturelles auxquels je consacrerai plus particulièrement un billet dans les jours à venir.

Du pain sur la planche en somme … mais cette effervescence autour de l’accès ouvert est stimulante et mérite certainement d’être mieux connue en France !

D’ici-là, je vous laisse vous plonger dans les Filons de la semaine.

Une image qui illustre parfaitement la thématique du domaine public numérique : cette photo provient de Wikimédia Commons. Elle a été prise par un employé du National Park Service aux Etats-Unis et comme toutes les oeuvres produites par le Gouvernement fédéral américain, elle est considérée comme appartenant au domaine public et donc librement réutilisable. Les choses sont hélmas très différentes en Europe et particulièrement en France (Alfl Flint Rocks. National Park Service Photo. Domaine public. Source : Wikimedia Commons)

Une image de silex qui illustre parfaitement la thématique du domaine public numérique : cette photo provient de Wikimédia Commons. Elle a été prise par un employé du National Park Service aux Etats-Unis et comme toutes les oeuvres produites par le Gouvernement fédéral américain, elle est considérée comme appartenant au domaine public et donc librement réutilisable. Les choses sont hélas très différentes en Europe et particulièrement en France (Alfl Flint Rocks. National Park Service Photo. Domaine public. Source : Wikimedia Commons)

I) L’affaire Google Books Search

Une conférence de presse donnée au CNL qui devait porter sur le prix unique du livre a permis d’en savoir un peu plus sur la position du Ministère de la Culture vis-à-vis de Google Book Search. On apprend dans les deux références ci-dessus que Frédéric Mitterand souhaite “dépassionner le débat” et lancer un “projet d’envergure pour accompagner les éditeurs dans la numérisation de leurs fonds”, qui pourrait être proposé dans le cadre du grand emprunt national. Il a également appelé les éditeurs français à se regrouper pour mettre en place une plate-forme unique de distribution des livres numériques, de manière à “ouvrir une alternative à Google Book Search”. Le Ministre réaffirme par ailleurs son opposition aux termes du Règlement américain au nom de la défense des droits d’auteur, mais entend “étudier précisément les enjeux en distinguant les œuvres sous droit, dont les œuvres orphelines, et les œuvres du domaine public”. A suivre de près !

II) Les trouvailles de la semaine :

Y a-t-il une vie numérique après la mort ? Et si oui à qui appartiendront vos données personnelles ? Une question troublante qui nous entraîne du côté obscur de la question de l’identité numérique. Un débat particulièrement complexe à trancher sur Facebook par exemple. La firme s’engage à fermer les comptes et à retirer les données en cas de décès d’un utilisateur, mais que se passe-t-il si la famille souhaite accéder aux informations du profil, notamment en cas de suicide ? Et on apprend même que certaines entreprises aux Etats-Unis sont en train de se positionner sur le créneau juteux du nettoyage du net post-mortem pour faire disparaître toutes traces numériques des défunts… Six Bits Under en somme !

Au nom de la lutte contre le terrorisme, le Patriot Act permet depuis des années aux investigateurs de collecter des données auprès des bibliothèques pour connaître les lectures d’un suspect (ce qu’on voit dans le film Se7en est devenu légal !). Une campagne de lobbying conduite par des auteurs, des éditeurs et des bibliothèques va peut-être aboutir à une révision du texte pour mieux garantir la Reader Privacy et les droits des usagers des bibliothèques.

Compte rendu d’un colloque organisé par Jack Ralite qui s’est tenu sur ce thème au Sénat lundi 2 octobre, organisé dans le cadre de la réflexion autour d’Hadopi 3 et de la promotion de l’offre légale.

J’aime de plus en plus la notion de fair use ! Voici qu’elle a permis de s’opposer aux revendications abusives des ayants de James Joyce portées à l’encontre des travaux d’un chercheur. Pas certain que l’on aurait atteint le même résultat en France où les chercheurs doivent se contenter d’une micro-exception de courte citation et d’une exception pédagogique et de recherche poussive dès que l’on touche à l’environnement numérique …

Gros débat visiblement dans la communauté du Free Software entre les tenants “canal historique” du logiciel libre et ceux de l’Open Source, plus ouverts à la “dynamique économique et commerciale”. S’agit-il d’une façon détournée de diluer les idéaux fondamentaux du logiciel libre ou d’une preuve au contraire du succès du Copyleft à mesure que son rôle s’affirme dans l’économie numérique ?

J’avais manqué le billet de la semaine dernière de Jean-François Coppé “La liberté et Internet“. Voici donc la suite qui entend répondre aux commentaires dubitatifs qui sont tombés comme de la grêle cette semaine. Autant le premier billet soulevaient des questions potentiellement intéressantes, autant celui-ci m’inquiète vraiment … une CNIL du XXIème … mmmouais … je trouve que le gouvernement prend la mauvaise habitude de nous proposer une nouveau comité Théodule chaque fois qu’un problème se pose dans l’environnement numérique, comme s’il s’agissait d’un deux ex machina. Et je ne sais pas pourquoi, mais depuis le feuilleton Hadopi, je ne peux pas m’empêcher de devenir nerveux lorsqu’on me parle d’autorité administrative “indépendante” …

Tiens et comme par hasard, le gouvernement tente d’introduire subrepticement par le biais de la loi sur les jeux d’argent en ligne un mécanisme de blocage d’accès à des sites jugés illégaux confié … à un nouvelle autorité indépendante (l’ARJEL : Autorité de régulation des Jeux en ligne) … une manière de tester l’opinion et les  parlementaires en attendant le débat sur la loi LOPPSI qui a été reporté au deuxième semestre 2010 ?

Excellente synthèse relativement “digeste” sur le droit des bases de données, matière ô combien complexe. Cela dit, cela ne m’empêche pas de continuer à vouer une sainte horreur au droit des bases de données. Un droit flou, imprévisible et d’une grande “laideur juridique” … et qui présente le grand défaut de pouvoir enfermer dans le carcan du droit des éléments qui devraient rester libres comme l’information, les faits bruts, le domaine public …

II) Les Eclats de la semaine

III) Cuisine interne

Vous savez déjà sûrement que le Bouillon du Bibliobsédé, adopte une nouvelle recette et prend la forme d’une veille collaborative en info-doc, ouverte à 18 personnes. Silvère Mercier a bien voulu me faire le plaisir de m’inviter à rejoindre ce groupe et j’en profiterai pour ajouter une pincée de sel juridique dans le Bouillon 2.0.

Je voudrais au passage saluer le gros travail de fond que réalisent Silvère Mercier et Lionel Dujol pour faire évoluer les modes de communication professionnelle parmi les bibliothécaires et au-delà !

Pour vous abonner au fil RSS du Bouillon complet, c’est ici et si vous ne voulez que l’essentiel, le fil du Nectar de Bouillon est là (les références les plus partagées par les 18 veilleurs). Techniquement, on doit ce système de veille collaborative à Lully, grâce à sa maîtrise de Yahoo Pipes. Si cela vous itnéresse, il nous révèle l’envers de la nouvelle marmite sur son blog !

Filons de S.I.Lex #7 : le relevé des fouilles de la semaine

Beaucoup de mouvements encore du côté de l'affaire Google Book et l'effervescence est toujours aussi forte autour des questions juridiques liées au numérique !

Le Bookcamp qui s'est tenu samedi à La Cantine à Paris a aussi été un grand moment. Très étrange de rencontrer en chair et en os tant de personnes que l'on croise pourtant "numériquement" presque tous les jours. Et un bouillonnement  de questions, d'idées, de projets avec gens venus de tous les horizons et partageant la même passion pour le livre à l'heure du grand saut numérique. Merci encore aux organisateurs et à toutes les personnes qui ont monté des ateliers !

Source : Image*After (excellente base d'images librement réutilisables !)
Source : Image*After (excellente base d'images librement réutilisables !)

I) L'affaire Google Book Search

Suite aux prises de positions du Department of Justice la semaine dernière, Google et les parties au procès américains, auteurs et éditeurs, ont décidé de ne pas attendre la date du 7 octobre pour renégocier d'elles-mêmes un nouvel accord. La preuve que la masse des objections déposées devant le tribunal de l'Etat de New York ont fini par avoir un effet dissuasif. Un nouveau juge sera chargé de suivre affaire. C'est dire que les choses repartent à présent sur de nouvelles bases. Une audience de mise en état aura lieu le 7 octobre au cours de laquelle sera fixée une nouvelle date pour la décision du juge. Nous verrons jusqu'à quel point Google acceptera de faire des concessions sur les points qui posaient problèmes dans le précédent accord.

Jeudi avait donc lieu l'audience du procès Google/Le Seuil-La Martinière au TGI de Paris. Moment incroyable, qui a montré que l'issue de cette procédure reste terriblement incertaine ! Je vous recommande la plus grande prudence lorsque vous lirez les comptes rendus dans la presse, car pour avoir assisté sur place aux échanges entre les parties, j'ai constaté que beaucoup de commentaires étaient très parecellaires, voire trompeur. J'ai essayé d'écrire quelque chose pour montrer quel était l'enjeu majeur du procès (à savoir la question du droit applicable au litige : droit d'auteur français ou copyright américain ?). Le jugement a été mis en délibéré pour le 16 décembre prochain. J'essaierai d'ici-là de publier un compte rendu complet des débats le plus objectif possible pour permettre à chacun de se faire son opinion.

Olivier Ertzcheid est de retour et nous livre une synthèse magistrale des évènement des ces derniers mois en lien avec l'affaire Google Book aussi bien aux Etats-Unis qu'en Europe. Une démonstration de la manière de dompter l'infobésité et le déluge des commentaires que suscite ce dossier. Mais ... je m'interroge sur la nouvelle orientation que prend désormais l'auteur d'Affordance (je dis ça un peu en tremblant !). Il semble bien loin le temps où Olivier dénonçait le risque d' "eugénisme documentaire" avec tant d'acuité. "Alors oui. Laissons Google numériser. Mais donnons aux bibliothèques les moyens politiques d'assurer un service public étendu de l'accès à la connaissance." Vraiment ? C'est courir un très gros risque tant que Google maintient ses exclusivités (exclusivité commerciale, exclusivité d'indexation des contenus, droit exclusif à numériser les oeuvres orphelines), même si les choses paraissent tourner de manière favorable aux Etats-Unis. Si les les exclusivités disparaissent, il n'y aura plus que des (mauvaises) raisons idéologiques à opposer à Google. Mais le chemin est encore long et d'ici-là, je refuse de baisser la garde.

II) Les trouvailles de la semaine

A propos de la réutilisation du domaine public numérisé

Texte de l'intervention à l'occasion de la journée d'étude IABD du 4 juin dernier "Numériser les oeuvres du domaine public, et après ? Diffusion, réutilisation, exploitation : des objectifs contradictoires ?"

De l'importance pour les institutions culturelles de disséminer leurs contenus sur Internet et notamment sur Wikipédia.

Twitter, toujours twitter ...

Légal pour Maître Eolas ! (je dois avouer que si j'avais pu le faire lors de l'audeince du procès Google au TGI jeudi, j'aurais eu bien du mal à m'en empêcher !). A lire aussi sur le sujet sur Rue89 : Twitter à la barre du procès Clearstream

Culture Libre et Copyleft

Excellente synthèse sur le Remix, qui touche au plus profond de la tension entre le droit d'auteur et les droits du public, à l'heure de l'explosion de la Culture Amateur et de l'appropriation créative des contenus.

Moment historique ! C'est la première fois en France qu'une licence libre est reconnue indubitablement valable devant un tribunal. Des doutes persistaient sur la compatibiblité entre la philosophie du libre et les principes du droit d'auteur à la française. Cette décision de la Cour d'Appel de Paris montre que les deux systèmes peuvent coexister. A quand maintenant une reconnaissance en justice des Creative Commons ?

Et d'autres choses encore !

Une question souvent méconnue : la manière dont la propriété intellectuelle s'articule avec les savoirs ancestraux et les traditions des pays du Sud. La relation entre ces deux sphères est ambigüe, car si la propriété intellectuelle peut permettre de protéger ces trésors culturels des tentatives sauvages d'appropriation, elle peut aussi profondément dénaturer leur esprit.

Un billet qui aborde la redoutable question du droit applicable aux litiges qui naissent sur Internet et qui met bien en lumière toute l'incertitude dans laquelle baigne encore ce problème (pas sans lien d'ailleurs avec le procès Google en France !). Pour la petite histoire, ce billet vient prolonger une discussion très intéresante que nous avons eu à trois sous le billet que j'ai écrit cette semaine sur la réutilisation des images. J'aime bien voir les débats rebondir de blog en blog et serpenter de tweets en commentaires pour finir par se cristalliser en billets. Vous avez dit intelligence collective ?

III) Cuisine interne

  • Je vous recommande d'aller faire un tour sur le nouveau site Revue Réseau TIC, un nouveau projet lancé par l'équipe déjà à l'oeuvre derrière la galaxie des projets internet brestois (@Brest, WikiBrest, Un Zef d'images ...) et qui fait un boulot citoyen incroyable autour des nouvelles technologies et des biens communs. Il s 'agit cette fois d'une revue web qui se propose de "relier et diffuser initiatives, réflexions, innovations d'un réseau de sites autour de l'appropritation des uages de l'internet et du multimédia". J'ai eu le grand priviliège d'être invité à entrer dans ce réseau et c'est avec paisir que j'y crossposterai (comme on dit !) un billet de temps à autre. Bon vent à ce nouveau projet brestois ! (l'air vivifiant de Bretagne serait-il propice aux projets libres ? Je me demande si je ne vais pas aller vérifier sur place en me rendant à la semaine "Brest en biens communs" du 10 au 16 octobre).

Filons de S.I.Lex #6 : le relevé des fouilles de la semaine

Des filons un peu allégés cette semaine ... même si on a pu voir passer des choses intéressantes ... quelques mots sur l'affaire Google Livres quand même et l'essentiel des  liens qui ont retenu mon attention.

Attention : jeudi prochain à 14 heures aura lieu devant la troisième chambre du Tribunal de Grande Instance de Paris la première audience du procès intenté pour contrefaçon par Les éditions La Martinière/Le Seuil, le SNE et la SGDL contre Google. Avis aux amateurs, car il s'agit bien sûr d'une audience publique ...

Silex de lIle de Ré. Licence GNU-GFDL. Source : Geowiki

Silex de l'Ile de Ré. Licence GNU-GFDL. Source : Geowiki

I) L'affaire Google Book Search

Après la mise à disposition d'ouvrages du domaine public sous format ePub à des opérateurs comme Sony ou Barnes & Nobles, Google annonce à présent la conclusion d'un accord avec la fime On Demand Book pour permettre la réimpression à la demande de 2 millions d'ouvrages libres de droits. Un formidable bond en avant pour ce secteur qui pêchait pour l'instant par le manque de références disponibles, surtout que les prix annoncés restent modiques (8 dollars l'ouvrage !). Mais j'y vois quand même un hic : en raison de l'exclusivité commerciale que Google impose à ses partenaires, les bibliothèques qui ont pourtant fourni à Google les originaux ne pourront pas conclure d'accords identiques avec d'autres firmes ... ni certainement mettre en place par elles-même de telles services d'impression à la demande ... Tout se paye, même quand le service paraît gratuit !

Google avait déjà accusé un coup très rude la semaine dernière : le Copyright Office avait sévèrement désavoué son Règlement lors d'une édition devant le Congrès. Google n'avait pas tardé à annoncer qu'il était prêt à reprendre les négociations avec les auteurs et éditeurs pour modifier le texte afin de tenir compte de ces critiques. C'est à présent le Département of Justice (justice fédérale) qui intervient pour conseiller au juge de l'Etat de New York de rejeter l'accord. Et les arguments invoqués sont plutôt intimidants (vice de procédure, atteinte aux droits d'auteur, violation des lois anti-trust ...). On imagine mal dans ces conditions que le juge Denis Chin puisse prendre le risque d'avaliser cet accord. Il prononcera certainement un nouveau délai qui permettra à Google et aux parties en litige de renégocier leur Règlement. L'exclusivité commerciale revendiquée par Google ne tient désormais plus qu'à un fil ... peut-être un signe qui montre que l'on peut le faire reculer sur les autres terrains problématiques (droit exclusif de numériser les œuvres orphelines, exclusivité d'indexation ...).

II) Les trouvailles de la semaine

Pour commencer, plusieurs références qui font bien le tour de questions juridiques complexes et qui peuvent s'avérer utiles :

Pour continuer, deux documents  intéressants (juste parcourus mais j'en reparlerai peut-être à l'occasion) :

Et enfin, on a pu voir passer les premières réactions à la conclusion du Protocole d'accord transitoire sur l'utilisation des livres, de la musique imprimée, des publications périodiques, et des oeuvres des arts visuels à des fins d'illustration des activités d'enseignement et de recherche, signé entre le Ministère de l'Education, le Ministère de la recherche et l'Enseignement Supérieur et les représentants des titulaires de droits. Un texte fondamental sur lequel j'essaierai de dire un mot lorsque j'aurais pu l'analyser, car il conditionne la mise ne place en France de l'exception pédagogique et de recherche prévue par la loi DADVSI.

III) Les Eclats de la semaine

Filons de S.I.Lex #5 : le relevé des fouilles de la semaine

Bon sang quelle semaine !

Que ce soit en France ou aux Etats-Unis, la saga Google Livres continue d'occuper la première place. Le séminaire interministériel sur la place du numérique dans l'emprunt national a aussi constitué un moment fort et à l'approche du vote du volet répressif de la loi Hadopi (mardi de la semaine prochaine 15 septembre à l'Assemblée), la discussion autour des modèles économiques adaptés au numérique bat son plein.

Ce qui s'est passé autour de Google Livres est tellement riche et complexe cette semaine que j'en ai fait un point à part entière de ces Filons. Idem pour le séminaire sur le numérique dans le grand emprunt auquel j'ai pu assister et qui mérite quelques développements.

Un mur de silex traditionnel. (Sussex flint. Par Peter hilton. CC-BY-NC-SA. Source : Flickr)
Un mur de silex traditionnel. (Sussex flint. Par Peter Hilton. CC-BY-NC-SA. Source : Flickr)

I. Google Book Search et son règlement :

Suite à l'audition organisée par la Commission européenne, lundi 7 septembre, Google a commencé à faire des concessions pour calmer l'opposition émanant des Etats (France, Italie, Allemagne) et des éditeurs européens. Pour montrer sa bonne volonté, Google accepté de considérer que les livres commercialement disponibles en Europe soient aussi considérés comme tel aux Etats-Unis. Ce qui signifie qu'une autorisation explicite sera requise pour que le moteur de recherche puisse les vendre sous forme numérique. Un premier pas censé prouver que la négociation est possible, mais qui n'est cependant pas vraiment nouveau et laisse entier le problème posé par les oeuvres orphelines et réellement épuisées, auxquelles Google continue d'appliquer un système d'opt-out.

12 associations membres de l'IABD (Interassociation Archives Bibliothèques Documentation) publient le même jour un communiqué pour marquer leur opposition au Règlement Google. Elles proposent aux pouvoirs publics français la mise en place d'une solution alternative : utiliser une partie de l'emprunt national pour régler définitivement la question des oeuvres orphelines et épuisées en France. En contrepartie d'une somme forfaitaire équitable versée aux titulaires de droits, ces oeuvres seraient libérées et rendues disponibles à toutes fins, ce qui permettrait aux institutions culturelles de les numériser. Une autre partie de l'emprunt serait consacrée à l'accélération du rythme de la numérisation pour permettre de mettre rapidement en ligne ces oeuvres libérées et les verser à terme dans Europeana.

Tournant désicif dans la procédure américaine ! Il n'est pas abusif de dire que Google a été contraint de mettre un genou à terre. Dans le cadre de l'enquête ouverte au niveau fédéral pour violation des lois anti-trust, le Copyright Office a été entendu par le Congrès lors d'une audition au cours de laquelle il a très sévèrement critiqué le Règlement Google Book. Résultat : Google tremble et annonce dans la foulée qu'il réfléchit à la possibilité de renoncer à l'exclusivité commerciale sur les contenus de Google Book Search. Cela signifie que des firmes comme Amazon ou Barnes & Nobles, mais aussi n'importe quel libraire pourraient venir se "brancher" sur Google Book et vendre des accès au contenu selon leur propre formule. Cette décision (qui reste à confirmer) marque peut-être un progrès vers une forme de la "normalisation" de Google Book. Dans cette affaire, le vrai danger, ce sont les exclusivités que Google revendique et l'une des plus importantes est peut-être sur le point de sauter. Restera les autres (exclusivité d'indexation des contenus, droit exclusif de numériser les oeuvres orphelines ...).

  • A lire également sur Google Book Search :

Une ribambelle de prises de position : du Parti socialiste (plutôt remonté mais franchement pas très constructif), de Patrick Bazin le directeur de la BM de Lyon, du Ministre de la Culture Frédéric Miterrand, de l'avocat Jean Martin (qui fut chargé en 2008 d'un rapport sur les oeuvres orphelines) ...

Mais pour moi, le texte le plus inspiré écrit sur la question cette semaine reste celui de Dominique Lahary sur son blog : Google va-t-il tout dévorer ? Parce qu'il exprime avec énormément de justesse toute l'ambiguïté dans laquelle les professionnels de l'information sont placés face aux agissements de Google. Et se termine quand même par un engagement qui place l'intérêt général au dessus de tout. Très loin du manichéisme qui sévit trop souvent dès que l'on prononce le mot Google !

II. Séminaire "Numérique : investir aujourd'hui pour la croissance de demain"

Les discours prononcés lors de cette journée et la synthèse des travaux sont ici. On a déjà écrit beaucoup de commentaires sur ce séminaire et je n'ai hélas pas vu grand chose de bon ! Je vous recommande vivement d'aller directement à la source et de lire les synthèses.

En gros, trois grands axes sont proposés pour booster le numérique en France grâce à l'emprunt : la mise en place en France d'un réseau de fibre optique qui permettrait une couverture à 100 % du territoire en Très Haut Débit, le soutien à la filière française du logiciel et la numérisation des contenus culturels (imprimés et audiovisuels).

Ce qui est certain ... c'est qu'absolument rien n'est joué ! La journée a montré que de profonds débats divisent encore les différents ministères. Et les critères d'éligibilité de la Commission Rocard/Juppé sont encore trop vagues pour permettre de faire des prédictions. Le montant de l'emprunt (30 à 40 milliards ?) sera somme toute assez limité, ce qui va nécessiter une concentration des dépenses sur un petit nombre de projets. Et le numérique n'est qu'un domaine parmi beaucoup d'autres ...

Il a aussi beaucoup été question de Google lors de ce séminaire (le représentant de Google Europe était là l'après-midi). On a pu lire un peu tout et n'importe quoi dans les médias à l'issue de la journée, à grands coups de phrases sorties de leur contexte. A mon sens, le reflet le plus fidèle de ce qui s'est dit au sujet de Google Book a été écrit dans les colonnes du Monde.fr.

On peut aussi retrouver sur Twitter grâce au hastag #emprunt les messages envoyés par les participants, comme les y avait chaudement incité Nathalie Kosciusko-Morizet. Mais malgré ce beau coup de com', j'ai trouvé que ce séminaire restait furieusement 1.0 dans son esprit. Une juxtaposition d'intervenants faisant leurs présentations à la suite, sans débat et sans aucune interaction avec la salle ... comme un mauvais goût de contradiction performative ! La forme n'allait pas avec le fond ...

J'ai bien aimé ce billet au vitriol qui relativise l'événement et en démonte les ficelles : Un Hold-up déjoué Rue Sainte Dominique !

Il n'en reste pas moins que nous sommes à la croisée des chemins pour le numérique en France ...

III. Les trouvailles de la semaine :

Chouette !

Article faisant écho à une conférence qui a eu lieu mardi 8 à Paris pour proposer de nouveaux modèles de financment de la Création. Notamment par le biais d'une nouvelle société de gestion baptisée SARD (Société d'Acceptation et de répartition des Dons). Pour se faire une idée du dispositif, on peut écouter la conférence en podcast sur Oxyradio ou lire l'inspirante tribune "En finir avec la guerre au partage" de Richard Stallman, dont les idées sont à l'origine de ce projet.

Pour prologner la réflexion sur les modèles économiques alternatifs, on pourra écouter cette émission de France Cuture, qui donnait la parole notamment à Philippe Aigrain ou à Florent Latrive.

IV Les Eclats de la semaine

L'Open Source de fil en aiguille détricote le droit d'auteur ! 09/09/09