Filons de S.I.Lex

Tour de veille hedomadaire au croisement du droit et des sciences de l'information 

Filons de S.I.Lex #11 : le relevé des fouilles de la semaine

A noter que demain lundi 9 novembre, les parties au procès Google Book Search doivent proposer au juge américain en charge de l'affaire une nouvelle version de leur règlement modifié pour tenir compte notamment des critiques formulées par le Department of Justice. Je n'ai rien vu passer qui indique que les parties sont prêtes ou non. A lire en attendant pour se remémorer les enjeux, ce billet synthétique "Getting ready for november 9" par Kenneth Crews.

Pour le reste, les Filons de cette semaine tourneront essentiellement autour des révélations qui sont parues cette semaine autour des accords ACTA, une nouvelle cruciale et très inquiétante, qui mérite toute notre attention tant elle peut s'avérer à terme dangereuse pour nos libertés numériques.

Une nouvelle rubrique également dans les Filons "Du fond de la Mine de S.I.Lex", dans laquelle je vous indiquerai les nouveaux sites sur lesquels j'ai posé des fils RSS. Plusieurs belles trouvailles cette semaine ...

PS : suite à la baisse de régime de la semaine dernière, j'ai décidé de changer un peu les outils que j'utilise pour faire ma veille. Passage de Delicious à Diigo (mon profil ici) et de Netvibes à Google Reader. L'effet "rafraîchissant" est immédiat et il faut certainement en conclure qu'il n'est pas bon de s'enfermer dans un système de veille trop figé. Diigo est particulièrement impressionnant par les possibilités de partage qu'il offre. Sûrement de belles choses à inventer, notamment avec les fonctionnalités d'annotations qui se prêtent très bien à la veille juridique. Quelqu'un sait-il d'ailleurs s'il y a un moyen d'envoyer des bookmarks de Diigo vers Tumblr (on peut le faire avec plusieurs sortes de blogs dont Wordpress, mais hélas pas directement Tumblr ...) ?

P1
Cette photo m'a été généreusement offerte par un ami. Il s'agit de silex ... coréens (!!!) du National Museum de Séoul. En plus de m'offrir la photo, cet ami m'a fait le plaisir de libérer les droits sur l'image, ce qui me permet de la proposer sous licence CC. (Sans titre. Par Guillaume Holdner. CC-BY).

I. Accords ACTA : demain peut-être l'Apo©alyspe ...

ACTA pour Accord International de Commerce Anti-Contrefaçon : des rumeurs et des avertissements circulent depuis longtemps à ce sujet. Mais des fuites ont eu lieu cette semaine qui révèlent l'ampleur de la menace avançant masquée derrière ce sigle. Nous sommes en présence d'un traité multilatéral initié par les Etats-Unis et négocié dans les conditions les plus opaques par les Etats allant jusqu'à imposer le secret défense pour empêcher la communication des documents. Au nom de la lutte contre le piratage et de la protection du droit d'auteur, ces accords prévoiraient de renforcer drastiquement la responsabilité des intermédiaires techniques que sont les fournisseurs d'accès internet et les hébergeurs, ce qui conduirait à terme à la mise en place de systèmes de filtrage a priori des contenus. Le risque de dérapage vers la censure généralisée est réel, dans la mesure où les intermédiaires seront tentés de retirer les contenus sitôt qu'une illégalité leur sera signalée et ce, sans intervention préalable du juge. Les accords prévoiraient également la mise en place d'un système global de riposte graduée en obligeant les FAI à déconnecter les internautes violant le droit d'auteur. Last bur not least, ACTA irait encore plus loin dans la protection des verrous numériques (DRM) que les traités OMPI de 1996.

Bref, nous avons là tous les ingrédients d'une potentielle apo©alypse numérique orchestrée au nom de la protection du droit d'auteur. Un cauchemar en gestation qui révèle également de manière éclatante les relations troubles qu'entretiennent les grandes industries culturelles et le mode politique.

L'article de ReadWriteWeb pointe bien le rôle particulier que la France a joué et peut jouer encore dans cette glissade incontrôlée vers le contrôle du web :

La position de la France est, à ce moment de l’Histoire, unique et décisive. Nous avons été le territoire d’expérimentation de la riposte graduée, nous somme à l’avant garde de cette lutte que les américains observaient jusqu’ici d’un œil distant et amusé, et qui s’avère aujourd’hui globale et mondialisée. La bataille d’Hadopi est belle et bien une bataille, un épisode, pas plus, le début d’un période qui s’annonce longue, et cette bataille est très loin d’avoir été perdue.

En forçant les politiques à dévoiler leur incurie et leur ignorance, ces derniers ont laissé des traces indélébiles qui seront très sévèrement jugés par les générations futures, quand l’écrasante majorité de la population considèrera comme tragi-comique la confusion entre firewall et openoffice, quand, d’ici à quelques années, Hadopi sera enfin appréhendé par toute une population comme le début de l’instauration d’une dictature numérique, où les tyrans sont des industriels et non des politiques (bien que dans bon nombres de pays la distinction soit subtile).

La bataille d’Hadopi, épisode exotique aux relents comiques, qui a tourné en ridicule bon nombre de politiciens Français au point de faire trembler les puissants et de ruiner carrières et réputations, est désormais une guerre mondiale. Si ce traité est mis en application, les conséquences sur la démocratie telle que nous la connaissons, sur la culture, sur le monde de demain, seront phénoménales, et nous avons, nous, petits Français, un savoir faire à partager avec la terre entière.

Demain, des dizaines de batailles similaires aurons lieu aux quatre coins du globe.

Le chemin est bien sûr encore long avant la signature et la ratification de ce traité et il faudra ensuite qu'il soit transposé par les Etats. Mais c'est maintenant qu'il faut agir si l'on ne veut pas basculer dans un futur où les libertés numériques dont nous jouissons actuellement sur Internet ne soient plus qu'un vain mot.

Nous ne pourrons pas dire que nous en savions pas ...

II. Droit d'accès à Internet et libertés numériques en Europe :

Pendant ce temps, le Conseil de l'Union européenne et le Parlement européen aboutissent enfin à un accord à propos du Paquet Télécom. Le compromis prévoit des garanties fortes pour contrôler les restrictions d'accès à Internet : le droit à «une protection judiciaire effective et au procès équitable», «le principe de la présomption d'innocence et le respect de la vie privée» et le respect de la Convention de sauvegarde des Droits de l'Homme et des Libertés fondamentales. Même s'il contient encore des ambiguïté et des imperfections, ce texte pourra jouer un rôle protecteur, notamment si la menace des accords ACTA se rapproche de l'Union européenne.

Par ailleurs, la question de la mise en place de la riposte graduée se répand en Europe suite au vote de la loi Hadopi par la France, avec des réponses très variables selon les Etats qui montrent qu'il n'existe pas de consensus au niveau européen concernant la lutte contre le piratage :

Et retour en France pour clore ce chapitre mouvementé cette semaine des libertés numériques :

III Les Eclats de la semaine

Relics. Par late night movie. CC-BY-NC-ND. Source : Flickr

IV Du fond de la Mine de S.I.Lex

Quelques blogs et sites découverts cette semaine ... (cliquez sur les images)

 

droit et photographies
Le blog droit & Photographie

Nouveau venu dans la jurisphère française. Un beau sujet et un billet qui a immédiatement piqué ma curiosité : "Que puis-je faire de la photo d'un animal qui ne m'appartient pas ?"

fotopedia
Fotopedia. The first collaborative photo encyclopedia.

Une excellente source de photographies sous licence Creative Commons, dont la qualité n'a souvent rien à envier aux clichés du National Geographic !

Et pour finir deux blogs anglophones atypiques repérés grâce à Aurélia :

moral panics
Moral Panics and The Copyright Wars. A blog about copyright discourse.

Tenu par un avocat spécialisé dans les questions de propriété intellectuelle (employé par Google) pour accompagner la sortie d'un livre éponyme, ce blog a un ton assez décapant.

Je vous recommande par exemple le billet "Chastity Belts and Copyright".

scrivener
Scrivener's Error.

Là aussi une curiosité en lien avec le monde de l'édition qui se présente ainsi : "Law and reality in publishing (seldom the same thing) from the author's side of the slush pile, with occasional forays into military affairs, censorship and the First Amendment, legal theory, and anything else that strikes me as interesting."

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Filons de S.I.Lex #10 : le relevé des fouilles de la semaine

Moins de billets dans S.I.Lex, moins d'Eclats, une veille déstructurée et flottante ...

Pour ne rien vous cacher, la période est difficile et je traverse une période de "cafard numérique" qui m'a presque conduit à mettre S.I.Lex en veille pour quelques temps : première crise ... impression d'être submergé par les infos ... impression de ne plus savoir apporter de l'original ... volonté d'écrire de manière plus simple sans y parvenir... difficulté à insérer le temps de l'écriture entre celui du travail et de la vie privée ... un peu de pression aussi ...

Résultat : la désagréable sensation de voir passer des choses essentielles sans pouvoir réagir, comme la parution de la loi Hadopi 2 face à laquelle je suis resté glacé ...

J'imagine que bien des blogueurs connaissent ce genre d'épisodes un peu douloureux. Il y a peut-être  également un lien avec une certaine"crise" plus générale que paraît traverser en ce moment la Biblioblogosphère.

Mercredi 28, Silvère Mercier posait sur Twitter une question que je trouve très juste :

C moi ou les biblioblogueurs sauf quelques uns ne publient plus que rarement ? Le moment biblioblogs est-il sur le déclin ?

Peut-être ... Nous verrons bien où tout cela nous conduit... c'est certain qu'on sent bien que les choses sont en train de se reconfigurer en ce moment ...

En attendant, les Filons de la semaine, histoire de reprendre un peu le fil de la veille ...

[pas trop mon genre normalement l'épanchement sur mon blog et je n'en ferai pas une habitude, mais cette semaine, c'est comme ça ... humeur d'automne]

Spider macro
Une araignée sur un silex ... pour le cafard et la reprise du fil de la veille... (Spider Macro. Par Dave Angwood. Source : Flickr. Tous droits réservés) NB : cette image est protégée, mais son auteur a choisi de laisser active la fonction "Share", ce qui selon les CGU de Flickr confère une autorisation tacite de réutilisation (Copydown)

I Grandes manoeuvres autour du droit d'auteur et de la numérisation au niveau de la Commission européenne

La Commission européenne a publié coup sur coup plusieurs communications importantes à propos de l'évolution du droit d'auteur en Europe.

Le premier document contient une synthèse des réponses apportées au Livre vert paru en juilet 2008 "Le Droit d'auteur dans l'Economie de la Connaissance". Une analyse approfondie s'imposerait, mais il ressort avant tout que les points sur lesquels la Commission souhaite agir en priorité concerne la numérisation des ouvrages conservés par les bibliothèques, ce qui en dit long sur la place qu'occupe cette question dans les préoccupations des commissaires Reding et McCreevy en charge de ces dossiers. Les champs d'action retenus concernent la conservation et la diffusion numériques des oeuvres protégées, avec un accent particulier mis sur les œuvres épuisées et les œuvres orphelines. La Commission rappelle l'importance de la gestion des droits numériques et notamment du programme européen ARROW (Accessible Registries of Right Informations and Orphan Works towards Europeana). L'autre volet concerne l'accès aux ouvrages sous forme numérique pour les personnes handicapés.

On notera que cette communication intervient alors qu'il ne s'est pas écoulé deux mois depuis que la Commissio a publié une autre communication assortie d'une consultation publique "Europeana Next Steps" dont les réponses doivent à peine lui être parvenues ! Nul doute que l'urgence à agir mise en lumière par l'affaire Google Book Search, rappelé à de nombreuses reprises par Viviane Reding, explique l'activisme de la commission en la matière. Mais on a aussi le sentiment d'une certaine désorganisation de l'action. Des communications empilées les unes sur les autres ne font pas une politique ... Et c'est maintenant aux Etats de se saisir des sujets sur lesquels la Commission attire leur attention depuis des années !

Autre consultation qui recoupe par certains aspects la réflexion initiée dans le cadre du Livre vert, mais qui aborde plus largement les aspects économiques liés aux produits culturels numériques.

Bien que je n'ai pu étudier à fond ces documents, mon sentiment est que la question des œuvres orphelines va être le premier chantier lancé par la commission et peut-être plus vite que l'on ne pense.

Une grande audition publique a d'ailleurs eu lieu à ce sujet lundi dernier (26 octobre) à Bruxelles.

Le sujet est décidément brûlant, puisque l'on apprend également qu'en Angleterre, l'Intellectual Property Office vient de remettre un rapport qui recommande la mise en place d'une solution législative au problème des oeuvres orphelines.

Les choses peuvent donc bouger rapidement à la fois au niveau européen et au niveau des Etats, et il faudra être vigilant sur ce qui se passe en France. Je vous recommande d'aller jeter un oeil à l'article "La cause des orphelines" dans le dernier numéro de Livres Hebdo. On y apprend qu'éditeurs, auteurs et sociétés de gestion sont sur les rangs, tandis que des signes émanent du Ministère de la culture qui montrent que les oeuvres orphelines pourraient figurer en bonne place sur l'agenda politique, ce que laissent déjà entendre plusieurs déclarations de Frédéric Mitterrand.

A suivre donc, j'essaierai de faire le point régulièrement dans S.I.Lex !

II Culture libre et Copyleft

Share photos on twitter with Twitpic
Creative Halloween ! Image de saison. (Photo par thatmadgirl. Source Twitpic)
  • On me signale la tenue d'une grande conférence sur le logiciel libre et l'Open Source organisée par le chapitre local Europe d'OW2 et l'INRIA. Intitulé fOSSa (Free Open Source Software for Academia), l'événement aura lieu les 17 et 18 novembre prochains à Grenoble au World Trade Center.

Voici quelques mots de plus qui m'ont été transmis par l'un des organisateurs pour vous donner envie d'y participer :

Le programme couvre les aspects fondamentaux du logiciel libre/open-source (modèles économiques, licences, collaboration, communautés, promotion, exploitation) et propose des retours d'expérience ainsi que des présentations de projets innovants.  Elle s'adresse au monde académique/universitaire, mais aussi aux industriels dans la mesure où les relations recherche/industrie sont de plus en plus souvent au coeur de développements collaboratifs libres/open-source: fOSSa propose de repositionner le Libre au centre des collaborations recherche-industrie.
Les intervenants sont, en autre, Clément Escoffier (Apache), Ralph Mueller (Directeur Fondation Eclipse Europe), HP Fossology (Bob Gobeille et Bruno Cornec), INRIA (Luc Grateau et Jean Bernard Stefani), Arnaud Laprévote (Directeur R&D Mandriva), Cédric Thomas (OW2 Consortium CEO), Roberto Di Cosmo (CIRILL & Mancoozi), Plumes (Jean Luc Archimbaud et Teresa Gomez DIaz) ...

Un article fascinant qui compare les licences Creative Commons à une sorte de protocole TCP/IP "substantiel" appliqué aux contenus de la Toile et non plus seulement à son architecture. Très inspirant ...

La version 3.0 des Creative Commons a été traduite et adaptée aux spécificités du droit de Taiwan.

III Autres trouvailles de la semaine

Hathi Trust est l'entrepôt numérique mis en place par les bibliothèques américaines partenaires de Google Book pour conserver les données fournies par le moteur de recherche. Jusqu'à présent, il s'agissait d'un pur projet de conservation partagée, mais on apprend aujourd'hui qu'Hathi Trust va se transformer en véritable bibliothèque numérique et développer des services de valorisation des ouvrages numérisés, comme de l'impression à la demande ou un service de libraire en ligne spécialisée. Cette évolution donne à réfléchir sur la portée réelle des exclusivités imposées par Google à ces partenaires. En quoi consiste l'exclusivité commerciale par exemple si les bibliothèques peuvent mettre en place de tels services ? Cette marge de manœuvre résulte-telle des contrats initiaux ou a-t-elle été négociée par la suite avec Google. Mystère ...

J'adore quand le droit d'auteur est poussé dans ses retranchements et ici c'est bien le cas ! Une chose aussi intangible qu'un parfum peut-il bénéficier de la protection du droit d'auteur. Après tout, pourquoi pas ? L'oeuvre est toujours immatérielle, même quand elle s'incarne dans un support tangible. L'oeuvre est au-delà de son matériau et c'est cet au-delà que protège la propriété intellectuelle. Mais concernant le parfum, les juges eux-mêmes ne sont visiblement pas d'accord entre eux : la Cour de Cassation estime qu'une fragance ne peut pas être protégée par le droit d'auteur, à l'inverse du TGI de Lille. Voilà qui révèle la part immense de subjectivité et d'artificialité qui est au cœur de tout l'édifice du droit d'auteur ... les œuvres sont protégées parce que nous le voulons bien, souvenons-nous en  ...

Poursuite de l'étude du nouveau régime de responsabilité des directeurs de publication en ligne instauré par la loi Hadopi (voir aussi ce billet sur cette même question). D'après ces nouvelles règles, il paraît préférable désormais de ne pas modérer a priori les commentaires sur un blog, mais plutôt de les retirer rapidement en cas de signalement d'un acte illégal. Ce système peut paraître plus simple à gérer, mais Jérôme montre très bien qu'il peut avoir un effet pervers, dans la mesure où il est difficile d'apprécier le caractère illégal de propos figurant dans un commentaire (notamment en matière de diffamation). Le risque, c'est que les blogueurs préfèrent s'auto-censurer en retirant les commentaires, sitôt qu'une réclamation leur est faite plutôt que de se risquer devant le juge pour vérifier s'il y avait illégalité ou pas. Pour ma part, je reste attaché à la modération a priori, même si elle est plus risquée depuis l'intervention dela loi Hadopi. Je préfère assumer cette responsabilité, mais conserver le choix des contenus qui s'affichent sur mon blog (je dis ça, mais je ne pense jamais avoir empêché quelqu'un de poster un commentaire sur S.I.Lex, mais symboliquement la validation reste importante à mes yeux ...).

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Filons de S.I.Lex #9 : le relevé des fouilles de la semaine

I. L'affaire Google Book Search

Cette semaine, l'affaire Google Book Search a connu d'importants développements aux Etats-Unis. Le tribunal de New York a fixé la date du 9 novembre aux parties en litige pour remettre une nouvelle version du Règlement, remaniée afin de tenir compte des objections formulées au mois de septembre par le Ministère de la Justice américain (DoJ). Si les parties arrivent à tenir ce délai, la décision finale du juge pourrait intervenir fin décembre-début janvier. Il s'agit d'un tournant dans cette affaire, qui peut conduire à un nouveau Règlement plus équilibré. Je sais que ce n'est très "fair play" de pointer vers son propre blog, mais si vous voulez comprendre exactement de quoi il retourne, je vous renvoie au billet écrit cette semaine par Aurélia dans S.I.Lex (Procès Google Book Search : Paris-New York et retour). Honnêtement, j'ai eu beau chercher, je n'ai rien lu par ailleurs d'aussi complet ...

Jeudi, vendredi et samedi, s'est tenu à la New York Law School un cycle de conférences "D is for Digitize" qui se donnait pour but de "décortiquer" les aspects les plus importants du Règlement Google Book. N'arrivant à accéder aux webcasts pour une raison technique qui m'échappe, je me suis rabattu vers les micromessages que plusieurs participants ont envoyé en masse sur Twitter (marqués par le hashtag #disfordigitize ou #gbs). C'est la première fois que je suivais ainsi un évènement par le biais de Twitter et je dois dire que ce fut une expérience intéressante à la fois sur le fond et sur la forme. Vraiment l'impression par moment d'être dans la salle en face des conférenciers, mais aussi dans la tête des participants en train de tweeter ... un mélange de translocalisation et de télépathie assez troublant ! Les échanges ont été une très grande richesse - ils sont le reflet de la qualité du débat public américain sur cette question - et permettent de mieux cerner les enjeux du Règlement. J'ai fait un "best of" des tweets envoyés que vous pourrez retrouver sur les Eclats de S.I.Lex en cliquant sur le lien ci-dessus.

Dans les colonnes du New York Times, le co-fondateur de Google se défend de l'accusation de vouloir constituer un monopole et insiste sur les apports du Règlement en matière d'oeuvres orphelines.

Une des meilleures prises de position sur cette affaire que j'ai pu lire depuis longtemps ! Au delà des aspects juridiques et économiques, P.-A. Xavier pointe le problème politique que le projet de Google met en lumière et renvoit tous les acteurs concernés (éditeurs, libraires, Etat, bibliothèques ...) à leurs responsabilités. Avec en prime une lecture critique de l'article de Slate paru cette semaine "Google Book a déjà gagné" que j'avais eu beaucoup de mal à avaler !

Une position qui a le mérite d'être claire, mais complètement arqueboutée sur une conception ultra-rigide du droit d'auteur que je croyais propre à la France !  ... alors que ce que révèle l'affaire Google Book Search, c'est précisément l'urgence d'une refonte des règles de la propriété intellectuelle en Europe ... soupir ...

II. Libertés numériques, filtrage du web et censure

Un constat très sombre sur l'état de la liberté d'expression et de publication dans notre pays. Extrait : "chez les juristes, on a l’habitude de dire que ce qui est publié en France pourra l’être ensuite partout".

Excellent retour historique qui s'intéresse à la manière dont l'opposition citoyenne au durcissement du droit d'auteur sur Internet se structure peu à peu en mouvement politique : des premiers temps du logiciel libre, aux combats contre les lois DADVSI et Hadopi, jusqu'aux actions de la Quadrature du net, de la Ligue Odebi, des partis pirates... Une évolution qui n'est pas sans rappeler la trajectoire du mouvement écologiste ...

Le filtrage des sites de jeu illégaux sera bien possible, mais il ne pourra être prononcé que par un juge, saisi par une nouvelle autorité administrative, l'ARJEL. Un  mécanisme qui s'inscrit dans la lignée des règles posées par le Conseil Constitutionnel à l'occasion de la censure de la première mouture de la loi Hadopi en juin dernier. La question du filtrage de l'Internet va certainement revenir régulièrement dans l'agenda politique et il n'est pas douteux que le gouvernement a voulu "tester" le Parlement à l'occasion du vote de la loi sur les jeux en ligne.

Proposée par 15 intellectuels chinois, ele me paraît beaucoup mieux formulée que certaines tentatives récentes que l'on a pu voir passer ces derniers temps en France (voir sur cette page, colonne de droite en bleu)

III. Points de droit et jurisprudence

Second volet après l'article de la semaine denrière consacré à la protection des bases de données par le droit d'auteur.

Intéressants développement sur la portée de l'exception de copie privée et les copies techniques transitoires.

IV. Copyleft, Open Acces

En s 'appuyant sur les conditions contractuelles inscrites au dos des billets vendus aux spectateurs, le CIO veut empêcher la diffusion de photos prises lors des épreuves des JO et leur diffusion sur Internet, surtout si elles sont placées sous licence Creative Commons. Entorse manifeste à la liberté d'expression et au droit à l'information. Et bien au-delà une démarche qui peut conduire à une forme très pernicieuse d'appropriation des évènements eux-mêmes : un cauchemar en puissance que j'avais déjà eu l'occasion d'évoquer dans S.I.Lex.

Excellent petit guide pratique qui montre qu'il existe plusieurs manières de citer correctement une photo sous licence Creative Commons lorsqu'on la réutilise.

Il faut aller voir le site australien Mashup Australia, sans conteste ma découverte de la semaine et un vrai rayon de soleil ! Une iniative sans précédent qui voit l'Etat australien placer 59 bases de données gouvernementales sous licence CC-BY pour les ouvrir le plus largement possible à la réutilisation. Et comme si cela ne suffisait pas, cette initiative est couplée avec un grand concours de mashup qui récompensera les meilleurs services créés à partir du croisement de ces données. On parle beaucoup de Gouvernement 2.0 ; les australiens le font et choisissent l'Open Access pour faire leurs données pubiques un véritable bien commun ... que dire de plus ? Ozzie Ozzie Ozzie, Oi Oi Oi ! (merci @cottinstef de m'avoir fait découvrir ce site ... et ce cri de guerre australien !)

Update de la soirée : Visiblement la ville de Portland dans l'Oregon a choisi elle-aussi d'ouvrir ses données.

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Filons de S.I.Lex #8 : le relevé des fouilles de la semaine

Une semaine sans billet dans S.I.Lex (cela ne m’était pas arrivé depuis février, je crois !) …

Mais il faut dire qu’à l’invitation du CERSA , j’ai pu assister au 6ème Workshop de Communia qui se déroulait cette semaine à Barcelone sur le thème “Memory Institutions and the Public Domain“. Communia est une initiative lancée par la Commission européenne sous la forme d’un réseau thématique qui a pour but de conduire une réflexion sur le domaine public sous forme numérique (Digital Public Domain). Le réseau rassemble des bibliothèques, des services d’archives, des musées, des universités, mais aussi des entreprises et des représentants de la société civile et c’est cette diversité d’approches qui fait toute la richesse de ce type de réunions.

On y parle  d’accès au savoir et à la connaissance dans l’environnement numérique, de l’apport des licences libres comme les Creative Commons, de réforme du système de la propriété intellectuelle en Europe, mais aussi du rôle économique du domaine public et de la manière dont peuvent s’articuler l’action des institutions publiques et des acteurs privés.

Le numérique à première vue paraît une chance pour accroître l’accès au domaine public et la réutilisation des contenus, mais il peut aussi constituer une menace, notamment en raison des contraintes juridiques qui tendent à renaître et à s’accumuler sur les objets numériques.

Je tâcherai de vous donner cette semaine un aperçu des travaux de Communia. J’ai également pu repérer par ce biais certains projets particulièrement intéressants mis en œuvre par des institutions culturelles auxquels je consacrerai plus particulièrement un billet dans les jours à venir.

Du pain sur la planche en somme … mais cette effervescence autour de l’accès ouvert est stimulante et mérite certainement d’être mieux connue en France !

D’ici-là, je vous laisse vous plonger dans les Filons de la semaine.

Une image qui illustre parfaitement la thématique du domaine public numérique : cette photo provient de Wikimédia Commons. Elle a été prise par un employé du National Park Service aux Etats-Unis et comme toutes les oeuvres produites par le Gouvernement fédéral américain, elle est considérée comme appartenant au domaine public et donc librement réutilisable. Les choses sont hélmas très différentes en Europe et particulièrement en France (Alfl Flint Rocks. National Park Service Photo. Domaine public. Source : Wikimedia Commons)

Une image de silex qui illustre parfaitement la thématique du domaine public numérique : cette photo provient de Wikimédia Commons. Elle a été prise par un employé du National Park Service aux Etats-Unis et comme toutes les oeuvres produites par le Gouvernement fédéral américain, elle est considérée comme appartenant au domaine public et donc librement réutilisable. Les choses sont hélas très différentes en Europe et particulièrement en France (Alfl Flint Rocks. National Park Service Photo. Domaine public. Source : Wikimedia Commons)

I) L’affaire Google Books Search

Une conférence de presse donnée au CNL qui devait porter sur le prix unique du livre a permis d’en savoir un peu plus sur la position du Ministère de la Culture vis-à-vis de Google Book Search. On apprend dans les deux références ci-dessus que Frédéric Mitterand souhaite “dépassionner le débat” et lancer un “projet d’envergure pour accompagner les éditeurs dans la numérisation de leurs fonds”, qui pourrait être proposé dans le cadre du grand emprunt national. Il a également appelé les éditeurs français à se regrouper pour mettre en place une plate-forme unique de distribution des livres numériques, de manière à “ouvrir une alternative à Google Book Search”. Le Ministre réaffirme par ailleurs son opposition aux termes du Règlement américain au nom de la défense des droits d’auteur, mais entend “étudier précisément les enjeux en distinguant les œuvres sous droit, dont les œuvres orphelines, et les œuvres du domaine public”. A suivre de près !

II) Les trouvailles de la semaine :

Y a-t-il une vie numérique après la mort ? Et si oui à qui appartiendront vos données personnelles ? Une question troublante qui nous entraîne du côté obscur de la question de l’identité numérique. Un débat particulièrement complexe à trancher sur Facebook par exemple. La firme s’engage à fermer les comptes et à retirer les données en cas de décès d’un utilisateur, mais que se passe-t-il si la famille souhaite accéder aux informations du profil, notamment en cas de suicide ? Et on apprend même que certaines entreprises aux Etats-Unis sont en train de se positionner sur le créneau juteux du nettoyage du net post-mortem pour faire disparaître toutes traces numériques des défunts… Six Bits Under en somme !

Au nom de la lutte contre le terrorisme, le Patriot Act permet depuis des années aux investigateurs de collecter des données auprès des bibliothèques pour connaître les lectures d’un suspect (ce qu’on voit dans le film Se7en est devenu légal !). Une campagne de lobbying conduite par des auteurs, des éditeurs et des bibliothèques va peut-être aboutir à une révision du texte pour mieux garantir la Reader Privacy et les droits des usagers des bibliothèques.

Compte rendu d’un colloque organisé par Jack Ralite qui s’est tenu sur ce thème au Sénat lundi 2 octobre, organisé dans le cadre de la réflexion autour d’Hadopi 3 et de la promotion de l’offre légale.

J’aime de plus en plus la notion de fair use ! Voici qu’elle a permis de s’opposer aux revendications abusives des ayants de James Joyce portées à l’encontre des travaux d’un chercheur. Pas certain que l’on aurait atteint le même résultat en France où les chercheurs doivent se contenter d’une micro-exception de courte citation et d’une exception pédagogique et de recherche poussive dès que l’on touche à l’environnement numérique …

Gros débat visiblement dans la communauté du Free Software entre les tenants “canal historique” du logiciel libre et ceux de l’Open Source, plus ouverts à la “dynamique économique et commerciale”. S’agit-il d’une façon détournée de diluer les idéaux fondamentaux du logiciel libre ou d’une preuve au contraire du succès du Copyleft à mesure que son rôle s’affirme dans l’économie numérique ?

J’avais manqué le billet de la semaine dernière de Jean-François Coppé “La liberté et Internet“. Voici donc la suite qui entend répondre aux commentaires dubitatifs qui sont tombés comme de la grêle cette semaine. Autant le premier billet soulevaient des questions potentiellement intéressantes, autant celui-ci m’inquiète vraiment … une CNIL du XXIème … mmmouais … je trouve que le gouvernement prend la mauvaise habitude de nous proposer une nouveau comité Théodule chaque fois qu’un problème se pose dans l’environnement numérique, comme s’il s’agissait d’un deux ex machina. Et je ne sais pas pourquoi, mais depuis le feuilleton Hadopi, je ne peux pas m’empêcher de devenir nerveux lorsqu’on me parle d’autorité administrative “indépendante” …

Tiens et comme par hasard, le gouvernement tente d’introduire subrepticement par le biais de la loi sur les jeux d’argent en ligne un mécanisme de blocage d’accès à des sites jugés illégaux confié … à un nouvelle autorité indépendante (l’ARJEL : Autorité de régulation des Jeux en ligne) … une manière de tester l’opinion et les  parlementaires en attendant le débat sur la loi LOPPSI qui a été reporté au deuxième semestre 2010 ?

Excellente synthèse relativement “digeste” sur le droit des bases de données, matière ô combien complexe. Cela dit, cela ne m’empêche pas de continuer à vouer une sainte horreur au droit des bases de données. Un droit flou, imprévisible et d’une grande “laideur juridique” … et qui présente le grand défaut de pouvoir enfermer dans le carcan du droit des éléments qui devraient rester libres comme l’information, les faits bruts, le domaine public …

II) Les Eclats de la semaine

III) Cuisine interne

Vous savez déjà sûrement que le Bouillon du Bibliobsédé, adopte une nouvelle recette et prend la forme d’une veille collaborative en info-doc, ouverte à 18 personnes. Silvère Mercier a bien voulu me faire le plaisir de m’inviter à rejoindre ce groupe et j’en profiterai pour ajouter une pincée de sel juridique dans le Bouillon 2.0.

Je voudrais au passage saluer le gros travail de fond que réalisent Silvère Mercier et Lionel Dujol pour faire évoluer les modes de communication professionnelle parmi les bibliothécaires et au-delà !

Pour vous abonner au fil RSS du Bouillon complet, c’est ici et si vous ne voulez que l’essentiel, le fil du Nectar de Bouillon est là (les références les plus partagées par les 18 veilleurs). Techniquement, on doit ce système de veille collaborative à Lully, grâce à sa maîtrise de Yahoo Pipes. Si cela vous itnéresse, il nous révèle l’envers de la nouvelle marmite sur son blog !

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Filons de S.I.Lex #7 : le relevé des fouilles de la semaine

Beaucoup de mouvements encore du côté de l'affaire Google Book et l'effervescence est toujours aussi forte autour des questions juridiques liées au numérique !

Le Bookcamp qui s'est tenu samedi à La Cantine à Paris a aussi été un grand moment. Très étrange de rencontrer en chair et en os tant de personnes que l'on croise pourtant "numériquement" presque tous les jours. Et un bouillonnement  de questions, d'idées, de projets avec gens venus de tous les horizons et partageant la même passion pour le livre à l'heure du grand saut numérique. Merci encore aux organisateurs et à toutes les personnes qui ont monté des ateliers !

Source : Image*After (excellente base d'images librement réutilisables !)
Source : Image*After (excellente base d'images librement réutilisables !)

I) L'affaire Google Book Search

Suite aux prises de positions du Department of Justice la semaine dernière, Google et les parties au procès américains, auteurs et éditeurs, ont décidé de ne pas attendre la date du 7 octobre pour renégocier d'elles-mêmes un nouvel accord. La preuve que la masse des objections déposées devant le tribunal de l'Etat de New York ont fini par avoir un effet dissuasif. Un nouveau juge sera chargé de suivre affaire. C'est dire que les choses repartent à présent sur de nouvelles bases. Une audience de mise en état aura lieu le 7 octobre au cours de laquelle sera fixée une nouvelle date pour la décision du juge. Nous verrons jusqu'à quel point Google acceptera de faire des concessions sur les points qui posaient problèmes dans le précédent accord.

Jeudi avait donc lieu l'audience du procès Google/Le Seuil-La Martinière au TGI de Paris. Moment incroyable, qui a montré que l'issue de cette procédure reste terriblement incertaine ! Je vous recommande la plus grande prudence lorsque vous lirez les comptes rendus dans la presse, car pour avoir assisté sur place aux échanges entre les parties, j'ai constaté que beaucoup de commentaires étaient très parecellaires, voire trompeur. J'ai essayé d'écrire quelque chose pour montrer quel était l'enjeu majeur du procès (à savoir la question du droit applicable au litige : droit d'auteur français ou copyright américain ?). Le jugement a été mis en délibéré pour le 16 décembre prochain. J'essaierai d'ici-là de publier un compte rendu complet des débats le plus objectif possible pour permettre à chacun de se faire son opinion.

Olivier Ertzcheid est de retour et nous livre une synthèse magistrale des évènement des ces derniers mois en lien avec l'affaire Google Book aussi bien aux Etats-Unis qu'en Europe. Une démonstration de la manière de dompter l'infobésité et le déluge des commentaires que suscite ce dossier. Mais ... je m'interroge sur la nouvelle orientation que prend désormais l'auteur d'Affordance (je dis ça un peu en tremblant !). Il semble bien loin le temps où Olivier dénonçait le risque d' "eugénisme documentaire" avec tant d'acuité. "Alors oui. Laissons Google numériser. Mais donnons aux bibliothèques les moyens politiques d'assurer un service public étendu de l'accès à la connaissance." Vraiment ? C'est courir un très gros risque tant que Google maintient ses exclusivités (exclusivité commerciale, exclusivité d'indexation des contenus, droit exclusif à numériser les oeuvres orphelines), même si les choses paraissent tourner de manière favorable aux Etats-Unis. Si les les exclusivités disparaissent, il n'y aura plus que des (mauvaises) raisons idéologiques à opposer à Google. Mais le chemin est encore long et d'ici-là, je refuse de baisser la garde.

II) Les trouvailles de la semaine

A propos de la réutilisation du domaine public numérisé

Texte de l'intervention à l'occasion de la journée d'étude IABD du 4 juin dernier "Numériser les oeuvres du domaine public, et après ? Diffusion, réutilisation, exploitation : des objectifs contradictoires ?"

De l'importance pour les institutions culturelles de disséminer leurs contenus sur Internet et notamment sur Wikipédia.

Twitter, toujours twitter ...

Légal pour Maître Eolas ! (je dois avouer que si j'avais pu le faire lors de l'audeince du procès Google au TGI jeudi, j'aurais eu bien du mal à m'en empêcher !). A lire aussi sur le sujet sur Rue89 : Twitter à la barre du procès Clearstream

Culture Libre et Copyleft

Excellente synthèse sur le Remix, qui touche au plus profond de la tension entre le droit d'auteur et les droits du public, à l'heure de l'explosion de la Culture Amateur et de l'appropriation créative des contenus.

Moment historique ! C'est la première fois en France qu'une licence libre est reconnue indubitablement valable devant un tribunal. Des doutes persistaient sur la compatibiblité entre la philosophie du libre et les principes du droit d'auteur à la française. Cette décision de la Cour d'Appel de Paris montre que les deux systèmes peuvent coexister. A quand maintenant une reconnaissance en justice des Creative Commons ?

Et d'autres choses encore !

Une question souvent méconnue : la manière dont la propriété intellectuelle s'articule avec les savoirs ancestraux et les traditions des pays du Sud. La relation entre ces deux sphères est ambigüe, car si la propriété intellectuelle peut permettre de protéger ces trésors culturels des tentatives sauvages d'appropriation, elle peut aussi profondément dénaturer leur esprit.

Un billet qui aborde la redoutable question du droit applicable aux litiges qui naissent sur Internet et qui met bien en lumière toute l'incertitude dans laquelle baigne encore ce problème (pas sans lien d'ailleurs avec le procès Google en France !). Pour la petite histoire, ce billet vient prolonger une discussion très intéresante que nous avons eu à trois sous le billet que j'ai écrit cette semaine sur la réutilisation des images. J'aime bien voir les débats rebondir de blog en blog et serpenter de tweets en commentaires pour finir par se cristalliser en billets. Vous avez dit intelligence collective ?

III) Cuisine interne

  • Je vous recommande d'aller faire un tour sur le nouveau site Revue Réseau TIC, un nouveau projet lancé par l'équipe déjà à l'oeuvre derrière la galaxie des projets internet brestois (@Brest, WikiBrest, Un Zef d'images ...) et qui fait un boulot citoyen incroyable autour des nouvelles technologies et des biens communs. Il s 'agit cette fois d'une revue web qui se propose de "relier et diffuser initiatives, réflexions, innovations d'un réseau de sites autour de l'appropritation des uages de l'internet et du multimédia". J'ai eu le grand priviliège d'être invité à entrer dans ce réseau et c'est avec paisir que j'y crossposterai (comme on dit !) un billet de temps à autre. Bon vent à ce nouveau projet brestois ! (l'air vivifiant de Bretagne serait-il propice aux projets libres ? Je me demande si je ne vais pas aller vérifier sur place en me rendant à la semaine "Brest en biens communs" du 10 au 16 octobre).

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Filons de S.I.Lex #6 : le relevé des fouilles de la semaine

Des filons un peu allégés cette semaine ... même si on a pu voir passer des choses intéressantes ... quelques mots sur l'affaire Google Livres quand même et l'essentiel des  liens qui ont retenu mon attention.

Attention : jeudi prochain à 14 heures aura lieu devant la troisième chambre du Tribunal de Grande Instance de Paris la première audience du procès intenté pour contrefaçon par Les éditions La Martinière/Le Seuil, le SNE et la SGDL contre Google. Avis aux amateurs, car il s'agit bien sûr d'une audience publique ...

Silex de lIle de Ré. Licence GNU-GFDL. Source : Geowiki

Silex de l'Ile de Ré. Licence GNU-GFDL. Source : Geowiki

I) L'affaire Google Book Search

Après la mise à disposition d'ouvrages du domaine public sous format ePub à des opérateurs comme Sony ou Barnes & Nobles, Google annonce à présent la conclusion d'un accord avec la fime On Demand Book pour permettre la réimpression à la demande de 2 millions d'ouvrages libres de droits. Un formidable bond en avant pour ce secteur qui pêchait pour l'instant par le manque de références disponibles, surtout que les prix annoncés restent modiques (8 dollars l'ouvrage !). Mais j'y vois quand même un hic : en raison de l'exclusivité commerciale que Google impose à ses partenaires, les bibliothèques qui ont pourtant fourni à Google les originaux ne pourront pas conclure d'accords identiques avec d'autres firmes ... ni certainement mettre en place par elles-même de telles services d'impression à la demande ... Tout se paye, même quand le service paraît gratuit !

Google avait déjà accusé un coup très rude la semaine dernière : le Copyright Office avait sévèrement désavoué son Règlement lors d'une édition devant le Congrès. Google n'avait pas tardé à annoncer qu'il était prêt à reprendre les négociations avec les auteurs et éditeurs pour modifier le texte afin de tenir compte de ces critiques. C'est à présent le Département of Justice (justice fédérale) qui intervient pour conseiller au juge de l'Etat de New York de rejeter l'accord. Et les arguments invoqués sont plutôt intimidants (vice de procédure, atteinte aux droits d'auteur, violation des lois anti-trust ...). On imagine mal dans ces conditions que le juge Denis Chin puisse prendre le risque d'avaliser cet accord. Il prononcera certainement un nouveau délai qui permettra à Google et aux parties en litige de renégocier leur Règlement. L'exclusivité commerciale revendiquée par Google ne tient désormais plus qu'à un fil ... peut-être un signe qui montre que l'on peut le faire reculer sur les autres terrains problématiques (droit exclusif de numériser les œuvres orphelines, exclusivité d'indexation ...).

II) Les trouvailles de la semaine

Pour commencer, plusieurs références qui font bien le tour de questions juridiques complexes et qui peuvent s'avérer utiles :

Pour continuer, deux documents  intéressants (juste parcourus mais j'en reparlerai peut-être à l'occasion) :

Et enfin, on a pu voir passer les premières réactions à la conclusion du Protocole d'accord transitoire sur l'utilisation des livres, de la musique imprimée, des publications périodiques, et des oeuvres des arts visuels à des fins d'illustration des activités d'enseignement et de recherche, signé entre le Ministère de l'Education, le Ministère de la recherche et l'Enseignement Supérieur et les représentants des titulaires de droits. Un texte fondamental sur lequel j'essaierai de dire un mot lorsque j'aurais pu l'analyser, car il conditionne la mise ne place en France de l'exception pédagogique et de recherche prévue par la loi DADVSI.

III) Les Eclats de la semaine

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Filons de S.I.Lex #5 : le relevé des fouilles de la semaine

Bon sang quelle semaine !

Que ce soit en France ou aux Etats-Unis, la saga Google Livres continue d'occuper la première place. Le séminaire interministériel sur la place du numérique dans l'emprunt national a aussi constitué un moment fort et à l'approche du vote du volet répressif de la loi Hadopi (mardi de la semaine prochaine 15 septembre à l'Assemblée), la discussion autour des modèles économiques adaptés au numérique bat son plein.

Ce qui s'est passé autour de Google Livres est tellement riche et complexe cette semaine que j'en ai fait un point à part entière de ces Filons. Idem pour le séminaire sur le numérique dans le grand emprunt auquel j'ai pu assister et qui mérite quelques développements.

Un mur de silex traditionnel. (Sussex flint. Par Peter hilton. CC-BY-NC-SA. Source : Flickr)
Un mur de silex traditionnel. (Sussex flint. Par Peter Hilton. CC-BY-NC-SA. Source : Flickr)

I. Google Book Search et son règlement :

Suite à l'audition organisée par la Commission européenne, lundi 7 septembre, Google a commencé à faire des concessions pour calmer l'opposition émanant des Etats (France, Italie, Allemagne) et des éditeurs européens. Pour montrer sa bonne volonté, Google accepté de considérer que les livres commercialement disponibles en Europe soient aussi considérés comme tel aux Etats-Unis. Ce qui signifie qu'une autorisation explicite sera requise pour que le moteur de recherche puisse les vendre sous forme numérique. Un premier pas censé prouver que la négociation est possible, mais qui n'est cependant pas vraiment nouveau et laisse entier le problème posé par les oeuvres orphelines et réellement épuisées, auxquelles Google continue d'appliquer un système d'opt-out.

12 associations membres de l'IABD (Interassociation Archives Bibliothèques Documentation) publient le même jour un communiqué pour marquer leur opposition au Règlement Google. Elles proposent aux pouvoirs publics français la mise en place d'une solution alternative : utiliser une partie de l'emprunt national pour régler définitivement la question des oeuvres orphelines et épuisées en France. En contrepartie d'une somme forfaitaire équitable versée aux titulaires de droits, ces oeuvres seraient libérées et rendues disponibles à toutes fins, ce qui permettrait aux institutions culturelles de les numériser. Une autre partie de l'emprunt serait consacrée à l'accélération du rythme de la numérisation pour permettre de mettre rapidement en ligne ces oeuvres libérées et les verser à terme dans Europeana.

Tournant désicif dans la procédure américaine ! Il n'est pas abusif de dire que Google a été contraint de mettre un genou à terre. Dans le cadre de l'enquête ouverte au niveau fédéral pour violation des lois anti-trust, le Copyright Office a été entendu par le Congrès lors d'une audition au cours de laquelle il a très sévèrement critiqué le Règlement Google Book. Résultat : Google tremble et annonce dans la foulée qu'il réfléchit à la possibilité de renoncer à l'exclusivité commerciale sur les contenus de Google Book Search. Cela signifie que des firmes comme Amazon ou Barnes & Nobles, mais aussi n'importe quel libraire pourraient venir se "brancher" sur Google Book et vendre des accès au contenu selon leur propre formule. Cette décision (qui reste à confirmer) marque peut-être un progrès vers une forme de la "normalisation" de Google Book. Dans cette affaire, le vrai danger, ce sont les exclusivités que Google revendique et l'une des plus importantes est peut-être sur le point de sauter. Restera les autres (exclusivité d'indexation des contenus, droit exclusif de numériser les oeuvres orphelines ...).

  • A lire également sur Google Book Search :

Une ribambelle de prises de position : du Parti socialiste (plutôt remonté mais franchement pas très constructif), de Patrick Bazin le directeur de la BM de Lyon, du Ministre de la Culture Frédéric Miterrand, de l'avocat Jean Martin (qui fut chargé en 2008 d'un rapport sur les oeuvres orphelines) ...

Mais pour moi, le texte le plus inspiré écrit sur la question cette semaine reste celui de Dominique Lahary sur son blog : Google va-t-il tout dévorer ? Parce qu'il exprime avec énormément de justesse toute l'ambiguïté dans laquelle les professionnels de l'information sont placés face aux agissements de Google. Et se termine quand même par un engagement qui place l'intérêt général au dessus de tout. Très loin du manichéisme qui sévit trop souvent dès que l'on prononce le mot Google !

II. Séminaire "Numérique : investir aujourd'hui pour la croissance de demain"

Les discours prononcés lors de cette journée et la synthèse des travaux sont ici. On a déjà écrit beaucoup de commentaires sur ce séminaire et je n'ai hélas pas vu grand chose de bon ! Je vous recommande vivement d'aller directement à la source et de lire les synthèses.

En gros, trois grands axes sont proposés pour booster le numérique en France grâce à l'emprunt : la mise en place en France d'un réseau de fibre optique qui permettrait une couverture à 100 % du territoire en Très Haut Débit, le soutien à la filière française du logiciel et la numérisation des contenus culturels (imprimés et audiovisuels).

Ce qui est certain ... c'est qu'absolument rien n'est joué ! La journée a montré que de profonds débats divisent encore les différents ministères. Et les critères d'éligibilité de la Commission Rocard/Juppé sont encore trop vagues pour permettre de faire des prédictions. Le montant de l'emprunt (30 à 40 milliards ?) sera somme toute assez limité, ce qui va nécessiter une concentration des dépenses sur un petit nombre de projets. Et le numérique n'est qu'un domaine parmi beaucoup d'autres ...

Il a aussi beaucoup été question de Google lors de ce séminaire (le représentant de Google Europe était là l'après-midi). On a pu lire un peu tout et n'importe quoi dans les médias à l'issue de la journée, à grands coups de phrases sorties de leur contexte. A mon sens, le reflet le plus fidèle de ce qui s'est dit au sujet de Google Book a été écrit dans les colonnes du Monde.fr.

On peut aussi retrouver sur Twitter grâce au hastag #emprunt les messages envoyés par les participants, comme les y avait chaudement incité Nathalie Kosciusko-Morizet. Mais malgré ce beau coup de com', j'ai trouvé que ce séminaire restait furieusement 1.0 dans son esprit. Une juxtaposition d'intervenants faisant leurs présentations à la suite, sans débat et sans aucune interaction avec la salle ... comme un mauvais goût de contradiction performative ! La forme n'allait pas avec le fond ...

J'ai bien aimé ce billet au vitriol qui relativise l'événement et en démonte les ficelles : Un Hold-up déjoué Rue Sainte Dominique !

Il n'en reste pas moins que nous sommes à la croisée des chemins pour le numérique en France ...

III. Les trouvailles de la semaine :

Chouette !

Article faisant écho à une conférence qui a eu lieu mardi 8 à Paris pour proposer de nouveaux modèles de financment de la Création. Notamment par le biais d'une nouvelle société de gestion baptisée SARD (Société d'Acceptation et de répartition des Dons). Pour se faire une idée du dispositif, on peut écouter la conférence en podcast sur Oxyradio ou lire l'inspirante tribune "En finir avec la guerre au partage" de Richard Stallman, dont les idées sont à l'origine de ce projet.

Pour prologner la réflexion sur les modèles économiques alternatifs, on pourra écouter cette émission de France Cuture, qui donnait la parole notamment à Philippe Aigrain ou à Florent Latrive.

IV Les Eclats de la semaine

L'Open Source de fil en aiguille détricote le droit d'auteur ! 09/09/09

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Filons de S.I.lex #4 : le relevé des fouilles de la semaine

Encore une semaine largement dominée par l'Affaire Google Book Search, qui génère un flots incessant d'actualités.Presque à donner le vertige ...

Pour faire vite cette semaine, nous aurons eu droit à des interventions musclées dans la procédure de règlement aux Etats-Unis de la part de l'Etat allemand, du Syndicat national de l'Edition (SNE) et d'Amazon. L'Italie a également rejoint les rangs des opposants déclarés à l'accord. A quand un amicus curiae du Vatican ! En prime, Nous avons assisté à un grand moment de n'importe quoi puisque le tribunal américain en charge de l'affaire s'est vu contraint, une nouvelle fois, de repousser la date limite fixée aux titulaires de droits (auteurs et éditeurs) pour se retirer de l'accord en raison ... d'une panne informatique ! La prochaine échéance, c'est mardi 8 septembre - si tout va bien !

Mais à côté de ce buzz assourdissant autour de Google, on a pu aussi voir passer de manière plus discrète beaucoup de choses intéressantes, dans le domaine du droit d'auteur, du droit de l'internet et des libertés numériques et c'est là-dessus que je voudrais axer la revue de cette semaine (je vous renvoie à mon tag delicious Google_Book_Search pour tout ce qui a trait à ce dossier. On peut aussi s'y abonner par un fil RSS).

J'ajoute aux Filons une rubrique "A ne pas manquer cette semaine" pour vous signaler les évènements marquants à venir.

Prehistoric Arrowheads. Par Wessex Archeology. CC-By-NC-SA. Source : Flickr
Prehistoric Arrowheads. Par Wessex Archeology. CC-By-NC-SA. Source : Flickr

1. A ne pas manquer cette semaine :

Plusieurs représentants des bibliothèques au niveau européen ont été invités à participer à ces auditions (Liber, EBLIDA).

2. Les trouvailles de la semaine :

Témoignage intéressant de la part d'un utilisateur de Youtube qui montre qu'en matière de vidéo les mécanismes de gestion collective des droits ne sont pas encore en place pour délivrer des autorisations de réutilisation ... y compris quand on est prêt à payer pour ça !

Excellente synthèse à propos de ce problème et notamment sur les formes de responsabilité qui peuvent être engagées lorsque des données personnelles sont divulguées de manière irrégulière (plus largement, je vous recommande chaudement la fréquentation du blog Décryptages, dont les billets sont toujours d'une grande précision juridique et d'une grande clarté).

Un billet qui critique de manière argumentée la logique des Creative Commons, notamment parce qu'il tendrait à fragiliser l'assise de la propriété intellectuelle en faisant progressivement glisser cette matière de la loi vers le contrat. A propos des Creative Commons, on pourra aussi lire ce texte intéressant, qui montre que le copyleft commence peu à peu à avoir une incidence sur la profession d'avocat et de juriste, notamment à cause de l'importance des enjeux liés à la réutilisation et à la dissémination des contenus sur Internet.

La progression des moyens de géolocalisation peut entraîner des dérives très graves en termes d'atteinte aux libertés publiques. "Vous êtes ici" est l'une des données personnelles les plus sensibles et plusieurs associations de défense des droits et libertés américaines commencent à s'inquiéter de la progression des moyens de collecte et de traitement des données de localisation, en lien avec la vogue de l'internet mobile. A rapprocher des nombreuses voix qui se sont élévées contre Google Street View pour dénoncer l'atteinte au respect de la vie privée, notamment en Suisse.

Une décision récente du TGI de Paris indique que copier un site internet ne constitue une contrefaçon que lorsque les éléments recopiés sont suffisamment originaux. Or en l'espèce, le tribunal s'est révélé très exigeant quant au niveau d'originalité requis ...

De plus en plus, les jeux vidéo permettent à leurs utilisateurs de créer de nouveaux éléments à l'intérieur des mondes virtuels qu'ils mettent en place : des objets, des personnages, des lieux, des scénarios, etc. Mais dans ce cas, à qui appartiennent les droits sur ces créations dérivées ? Vaste question qui renvoie à celle plus complexe encore de la transposition de la propriété intellectuelle dans le virtuel et l'immatériel ...

Wikimedia Commons dépasse les 5 millions d'éléments : un gigantesque vivier de ressources sous licence libre réutilisables qui atteste de la vitalité du mouvement du Copyleft et de la Culture Libre. J'y vois la confirmation que l'idée d'un "domaine public consenti" n'est plus une utopie, mais une réalité de l'internet d'aujourd'hui.

Commentaire d'un article de revue par Narvic, qui montre que les nouvelles pratiques d'écriture sur Internet sont en train de travailler profondément les notions d'auteur et d'oeuvre,  les deux pivots de la propriété intellectuelle. L'idée d' "oeuvre patrimoniale" destinée à être fixée sous une certaine forme pour durer dans le temps s'efface pour laisser place à une "oeuvre-flux" inscrite dans un éternel présent, changeante et mouvante, qui ne pourra plus être appréhendée selon les canons classiques du droit d'auteur. Appel à l'imagination collective pour inventer de nouveaux modèles juridiques correspondant à ces formes renouvelées de création et d'expression.

Le meilleur pour la fin ... Cette commission, chargée de réfléchir aux moyens de favoriser l'offre légale de contenus sur internet,  comporte également un volet relatif à "l'adaptation du droit d'auteur et des droits voisins à l'environnement numérique" (tiens,je croyais que c'était une affaire réglée depuis la loi DADVSI, non ?). Un beau rocher de Sisyphe confié à ... Jacques Toubon ... hum ... comment dire ... Good luck Jack !

3. Les Eclats de la semaine

Image Free Beer
Image Free Beer

4. Cuisine interne

J'ai eu le grand plaisir cette semaine d'être invité à rejoindre Owni, une plateforme de "Digital Journalism" regroupant une communauté de journalistes, de blogueurs, d'entrepreneurs, d'étudiants, de chercheurs qui partagent et font partager leur réflexion sur les évolutions d'Internet et plus largement sur l'actualité.

Je contribuerai à cette plateforme en y postant certains des billets de S.I.Lex, mais aussi en y apportant de temps à autre du contenu original. Pour mon premier apport, j'ai chargé dans la soucoupe le texte d'une conférence de James Grimmelman que j'ai traduite en français  : Google et l'armée des zombies orphelins. A mon sens, l'une des meilleures analyses que l'on puisse trouver sur le Règlement Google Book Search.

Owni a aussi un profil Twitter.

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Filons de S.I.Lex #3 : le relevé des fouilles de la semaine

On sent que c'est la rentrée ! La semaine fut riche en débats de toutes sortes.

ATTENTION : Les titulaires de droits (auteurs et éditeurs) ont jusqu'au 4 septembre prochain pour décider de sortir ou rester  dans l'accord Google Book, sachant que l'inaction vaut acceptation tacite (voir ici pour comprendre les implications du choix).

Silex rubanné. Par Vassil. Domaine public. Source : Wikimédia Commons
Silex rubanné. Par Vassil. Remis au Domaine public. Source : Wikimédia Commons

I. Les trouvailles de la semaine

Une analyse serrée qui montre que les droits et libertés sont moins bien garantis sur Internet que dans la vie réelle. Si la Toile n'est pas un espace de non-droit, elle reste trop souvent encore un terrain vague juridique. La Loi reste le moyen privilégié pour protéger et organiser l'exercice des libertés en ligne ... mais encore faudrait-il qu'elle ne les menace pas elle-même (Hadopi, LOPPSI ...) !

En déplacement à Milan pour le congrès de l'IFLA, Emmanuelle Bermès nous fait part des débats à propos de la valeur des données produites par les bibliothèques et de la question de leur mise à disposition sur Internet. Doit-on (peut-on ?) libérer nos données si elles acquièrent une grande valeur économique ? Et que faire quand ces données sont issues de la numérisation d 'oeuvres du domaine public ? (J'ai bien mon avis sur la question ...)

Thierry Crouzet, l'auteur du Cinquième pouvoir, m'avait déjà complètement époustouflé avec son billet Vers un Web sans site Web. Il pointe cette fois un autre aspect essentiel de l'évolution du Net. Nous sommes à présent à peu près libres de publier des contenus de la manière dont nous le souhaitons, mais à l'autre bout de la chaîne, la lecture reste toujours prisonnières des supports et des formats. Cette asymétrie pourrait rapidement disparaître et déboucher sur une possibilité de lire en totale liberté qui aura nécessairement des conséquences juridiques ...

Appel à la désobéissance civile si le volet répressif de la loi Hadopi est voté à la rentrée ! Quand la démocratie est à ce point grippée, la guérilla prend le relais ...

Ce n'est pas une référence récente, mais le tableau historique des évolutions du droit d'auteur que dresse ce billet depuis l'Antiquité jusqu'à nos jours est fascinant. On prend conscience que l'histoire a connu plusieurs conceptions de la propriété intellectuelle et celle qui a fini par s'imposer n'est finalement qu'une option parmi d'autres. Il y a beaucoup de choses à apprendre en redécouvrant ces idées du passé qui souvent ne sont pas du tout ... dépassées !

Une analyse posée et équilibrée du projet de loi LOPPSI, qui se propose (entre autres) de systématiser le recours par les services de police à des logiciels-espions pour lutter contre les formes les plus dures de cybercriminalité (pédopornographie, terrorisme, crime organisé ...). Une approche qui méconnaît les évolutions du Net et qui pose cette question éternelle : la sécurité certes, mais qui va nous protéger de nos gardiens ?

Une étude détaillée qui questionne le modèle du contrat d'édition et estime que ces mécanismes sont inadaptés au nouveau contexte de l'édition numérique. Et François Bon de proposer de nouveaux modèles économiques et juridiques pour un meilleur équilibre entre auteurs et éditeurs à l'heure du virage numérique.

Pour prolonger la lecture du billet de François Bon, je vous recommande d'aller faire un tour sur ces deux sites, où des auteurs s'interrogent sur les modèles juridiques à mettre en place pour les nouvelles formes d'écriture expérimentale (contributives/coopératives/collectives, sous forme de wikis ou par le biais de Twitter). Beaucoup de pistes intéressantes dans ces échanges et qui est mieux placé que les auteurs eux-mêmes pour réfléchir à ces questions ?

Enfin un bon article sur la question ! Il aura fallu du temps ... deux autres interventions sur Libération.fr à propos de Google Book Search qui valent le détour ici et . Mais bon, pour lire des choses vraiment consistantes sur le sujet, il faut encore aller aux Etats-Unis ...

Par l'intermédiaire de Viviane Redding, la Commission européenne a publié un très important communiqué sur le développement d'Europeana, jugé beaucoup trop lent. La plupart des commentateurs n'ont retenu de cette intervention que le passage qui incite les Etats-Membres à explorer les pistes de partenariats public/privé (et donc Google). Mais il y a beaucoup plus important dans ce communiqué ! Si Europeana se développe avec difficulté, c'est avant tout parce qu'il n'a pas été possible en Europe d'aboutir à un consensus au sujet des questions de droits (oeuvres orphelines, oeuvres épuisées ...), qui paralysent les initiatives de numérisations privées comme publiques . Voir aussi cet article ce dimanche : La bibliothèque numérique européenne et les droits d'auteur.

2. Les Eclats de la semaine

3. Cuisine Interne

Tant de choses à faire, si peu de temps ...

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Filons de S.I.lex #2 : le relevé des fouilles de la semaine

I. Les trouvailles de la semaine

  • Annonce de négociations entre Google Book et la BnF pour la numérisation de ses fonds

ucune référence à citer ... Pourquoi ? Parce que malgré le torrent de billets et d'articles qui s'est déversé à ce sujet, aucun ne traite sérieusement des questions juridiques qui peuvent se poser en arrière-plan.  Si peut-être quelques éléments chez Actualitté et dans le Courrier International et allez lire les commentaires sous le billet d'Assouline, mais il faut bien chercher !

Pendant ce temps, aux Etats-Unis ...

La National Writers Union et The Science Fiction and Fantasy Writters of America estiment que le Règlement et accordent plus de considération aux droits des éditeurs qu'à ceux des auteurs (c'est aussi l'avis de grands professeurs de droit américains). Ces associations se désolidarisent de l'Authors Guild qui est l'une des parties au procès Google Book et qui a élaboré l'accord de règlement du litige avec Google et les éditeurs. Il faut dire que cette association - la principale aux EU - défend surtout le point de vue des "gros" auteurs. (Remarque : je suis très agréablement surpris par le degré de "conscientisation juridique" des auteurs de SF ! en France aussi).

Ca y est, on y est : le Ragnarok judiciaire va commencer ... Les trois plus grand géants du net s'unissent (un rapprochement dont l'Internet Archive serait à l'origine) pour dénoncer les aspects anti-concurrentiel de l'Accord Google. Une "union sacré" un peu contre nature qui s'appelera L'Open Book Alliance, à l'origine de laquelle aurait oeuvré l'Internet Archive (le plus grand projet de numérisation de livres - que l'on oublie un peu trop souvent -  après Google). Cette intervention peut avoir un impact décisif sur la décision du juge, car Gogle Book fait également l'objet d'une enquête au niveau fédéral pour violation des lois anti-trust.

Et au Canada ?

Après deux échecs cuisants et deux projets de lois jetés à la poubelle, ces dernières années le gouvernement fédéral canadien a décidé de lancer une grande consultation nationale à propos de la réforme de la loi sur le droit d'auteur. Les contributions ont afflué sur le site dédié à les recueillir : on y parle fair dealing (la version canadienne du fair use), rémunération de la création, de la légitimité des DRM, d'exception pédagogique et de recherche et même de prêt électronique de documents en bibliothèques (de vrais sujets, quoi !). Le débat continue cependant de faire rage, notamment au Québec (voir cet article par exemple et sa risposte). Il faudra suivre de prêt ce qui émerge de ces échanges, en espérant que le gouvernement canadien saura faire la synthèse objective des voix qui se sont fait entendre.

Et l'événement le plus important de la semaine en France

Financer la création grâce aux contributions volontaires du public sous la forme d'un Mécénat Global, une utopie ? Peut-être mais une utopie qui avance en France, puisque la Société d'Acceptation et de Répartition des Dons (SARD) est en train de voir le jour. Ce système s'inspire des propositions du visionnaire Richard Stallman, père de la licence libre GNU-GPL. Le 8 septembre prochain aura lieu à la Mairie du 3ème à Paris une conférence pour le lancement officiel, avec Richard Stallman en personne. Je vous encourage à y aller (RS parle très bien français !). J'y serai pour ma part et j'en rendrai compte dans S.I.Lex

Et d'autres choses ...

Un article important pour bien faire la distinction entre Licence globale, Contribution créative, Licence Musique et autres modèles de rémunération de la création. Car les systèmes de taxe mis en place pour "légaliser" le téléchargement sont loin d'être tous équivalents. Et loin de régler le vrai problème en arrière-plan : comment rémunérer et encourager la création et surtout quel type de création ? A méditer en attendant la reprise des débats sur Hadopi 2 à la rentrée ...

Et ce pilier est extrêmement fragilisé en ce moment ... Raison de plus pour cerner de quoi il retourne ... avant qu'on nous impose le retour à un Minitel 2.0 !

Très bonne mise au point didactique sur l'art de faire une citation agrémenté d'exemples et de schéma. (Quand je vous disais que les auteurs de SF s'intéressent au droit !)

2. Les Eclats de la semaine

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